368 TABLEAUX HISTORIQUES, etc.
Enfin , avant été arrêté après le 3i mai , il fut condamné à mort par le tribunalrévolutionnaire le 21 brumaire. L’exécration que les juges éprouvoient pour lui leurfit joindre à l’exécution de l’arrêt fatal nombre de froides cruautés ( 1 ), qui nousont été conservées comme un monument de l’horreur que doit inspirer cet affreuxtribunal. Bailly fut exécuté le 22 , à Pouverture du Champ de Mars , vers la rivière :c’étoit par-là qu’il étoit entré pour publier la loi martiale. Ce que nous en avons ditdoit suffire pour le faire regarder ( indépendamment des fautes qu’il peut avoir commisesen qualité de fonctionnaire public ) comme un des ornements de la France et del’humanité.
Le corps législatif a accordé , en frimaire an 5 , à la veuve de Bailly , ainsi qu’àcelles des députés tombés sous les coups de la tyrannie , une pension égale autraitement de leurs maris.
( 1 ) On cracha sur lui , on brûla un drapeau sous sa figure : des hommes furieux s’approchoientpour le frapper , malgré les bourreaux , indignés eux-mêmes de tant de fureur. On le couvrit deboue. Une pluie froide qui tomboit à verse ajoutoit encore à l'horreur de sa situation. Obligé deravaler l’humeur qui s’écouloit de son nez , il demandoit quelquefois le terme de tant de maux ,mais ces paroles étoient proférées avec le calme digne d’un des premiers philosophes de l’Europe , ilrépondit à un homme qui lui disoit : Tu trembles , Bailly ! — Mon ami, c’est de froid. ( Mémoiresd’un détenu. )