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Tome second.
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3 7 4 TABLEAUX HISTORIQUES

mais ils ne seront pas durables. Ce fut par ce mécanisme que s’établit parmi nous laplus inconcevable , la plus inouie et la plus monstrueuse tyrannie qui ait jamaisexisté ( i ). Ce fut ainsi qu’on lit souffrir à un grand peuple éclairé tant d’arrestationsbarbares , tant de proscriptions multipliées , tant de taxes arbitraires , de perquisitionsdomiciliaires et de pillages ; ces milliers de bastilles et d’échafauds , ces violations detous les droits , de tous les principes et de toutes les bienséances , ce cynisme dégoû-tant , ces dénonciations de gens suspects faites par des personnes seules vraimentsuspectes , cette foule d’infortunés de tout âge , de tout état et de tout sexe , entassésdans les cachots , mutilés , torturés , condamnés sans même être entendus , cette nuéede parvenus ignorants , féroces et frippons , cette multitude de bourreaux en chef eten sous-ordre, ces comités révolutionnaires, ces armées révolutionnaires, plus dequarante mille citoyens fusillés , mitraillés , noyés, égorgés de cent manières différentes ,enfin l’image de la mort sur tous les murs ( 2 ), sur tous les visages, et son nom dans toutesles bouches. Tous ces vautours dévorants de l’humanité ont couvert la France d’unerobe de sang, et l’ont changée en un vaste tombeau ; ils ont fait d’un peuple renommépour sa douceur et sa politesse un peuple de cannibales : il semble qu’on avoit déchaînésur cet empire l’enfer et toutes ses furies. Quels temps calamiteux ! Une horde d’anthro-pophages , de dépopulateurs , de buveurs de sang , s’étendoit d’un bout de la France àl’autre , et, semblable à la lave d’un volcan , la couvroit de ruines. Nos audacieuxtribuns avoient révolutionné , sans-culottisé , pour nous servir de leurs expressions ostro-gothes , c’est-à-dire , dénaturé la langue , les idées , et perverti les mœurs. La modérationétoit proscrite sous la qualification de modérantisme ; on étoit incarcéré pour être modéré;on l’étoit également pour être ultra - révolutionnaire , ce qui vouloit dire exagéré. Cesmisérables créoient des mots à mesure qu’ils créoient des crimes ; ils accusoient ceuxqu’ils vouloient immoler d’être Hèbertistes , Dantonistes, etc.

A mesure que nos tyrans s’affermissoient dans leur pouvoir dictatorial , le sangdes citoyens étoit répandu avec moins de ménagement. Ce fut alors qu’on lançadans les départemens ces proconsuls féroces , qu’on a vus trahissant, égorgeant lepeuple à qui ils dévoient leur existence politique, tantôt faire suivre avec eux, dansleurs tournées homicides , la guillotine , tantôt la déclarer en permanence , ce quivouloit dire ne pas donner un moment de relâche aux bourreaux. Ces monstresen mission , ces colosses du crime , ces phénomènes en cruauté , firent la chasseaux hommes comme un baron allemand la fait aux sangliers. Toutes les tyrannies seressemblent sans doute , et les commissions populaires de nos jours ne sont qu’uneimitation de ce qu’on appeloit autrefois chambre ardente , chambre étoilée , commissionextraordinaire : mais ce qu’on n’avoit jamais vu , ce qu’on ne reverra vraisemblablement

( 1 ) La démocratie d’Athenes offre cependant des évènements semblables arrivés par les mêmescauses. Mais comme les tyrans de cette république ne portèrent pas les massacres, les abus d’autoritéaussi loin qu’ils ont été portés dé nos jours, nous pouvons dire que ce dont nous avons été les tristestémoins surpasse tout ce que d’autres nations ont eu à souffrir. Comme rien nest plus instructif etplus curieux dans l’histoire que le rapprochement des mêmes faits dans des siècles séparés par unintervalle immense de temps , nous croyons devoir faire connoître un précis très-intéressant, qu’onvient de réimprimer , d’un plaidoyer fort éloquent, prononcé devant le peuple d’Athenes il y a deuxmille trois cents quatre-vingt-dix-sept ans , par Lysias , contre les trente tyrans de cette ville. Cediscours présente une multitude de faits si semblables à ceux qui se sont passés parmi nous , que leslecteurs peu familiarisés avec l’histoire grecque auront peine à croire à son anliquité. On y voit queThéramene, le Robespierre d’Athenes , avoit les mêmes principes , tenoit les mêmes discours , employoitles mêmes moyens : il avoit ses jacobins , qu’on appeloit les associés. Alors, comme de nos jours , onétoit coupable dès qu’on étoit riche ; suspect, dès qu’on vouloit vous perdre.

(a) Il y avoit écrit sur toutes les maisons de Paris ; égalité, fraternité ou la mort.

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