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nerent le siégé et le bombardement de cette ville infortunée. Comme c’est un desplus déplorables et des plus grands évènements d’une révolution si féconde en crimeset en vertus , le lecteur nous saura gré sans doute de réunir ici tous les détailsrelatifs à ce point de notre histoire, et de remonter à l’origine des troubles de Lyon .C’est moins par le récit des évènements que l’histoire est instructive et vraiment inté-ressante , que par la connoissance qu’elle donne des causes qui les ont amenés. Nostyrans avoient un autre motif, outre ceux que nous venons d’indiquer , pour fairede Lyon un des principaux sieges de leur domination : aussi l’on va voir qu’ils nenégligèrent rien pour y établir une jacobiniere. Tandis que les jacobins de Paris répan-doient dans le Nord les principes de la Montagne , Lyon auroit propagé les mêmesmaximes dans le Midi : c’étoit là le système que les jacobins appeloient la propagande ;et l’on ne peut nier que ce ne fut de leur part une combinaison très-profonde. Quelquetemps après les massacres ( i ) du 2 et du 3 septembre 1792 , les auteurs de cettehorrible boucherie envoyèrent à Lyon plusieurs propagandistes , à la tête desquels étoitun nommé Châlier , Piémontois de naissance , escroc et banqueroutier frauduleux, ilcommença l’exercice de sa mission par l’égorgement de cinq prisonniers , incarcérésprécédemment par ordre de la municipalité , pour de simples faits de police correc-tionnelle. C’étoit vers le temps du supplice de Louis XYI. Châlier et ses adhérentsvouloient présenter à la convention , sous le nom de la ville de Lyon , une adresse defélicitation sur cet évènement. Us se plaçoient dans les rues et à la porte des temples ,pour arracher aux passants des signatures , tantôt par des menaces , tantôt par la voiede la persuasion. Humiliés par les contradictions qu’ils éprouvoient , ne cherchantd’ailleurs qu’un prétexte , ils ne tardèrent pas à manifester leurs projets de pillage etde meurtre. Ce projet avoit facilement et complètement réussi à Paris , réfuge généraldes gens sans ressource et sans état , et où la perspective de vivre dans l’abondancesans travailler avoit rassemblé , des quatre coins de la France , sous les drapeauxjacobins les brigands et les désœuvrés. Châlier fut étonné de n’avoir pas les mêmessuccès à Lyon , où la société étant plus rapprochée , et l’esprit de commerce faisantredouter davantage le régime anarchique , les hommes honnêtes formoient plus faci-lement un rempart contre les efforts des désorganisateurs et des hommes de sang.Châlier trouva cependant quelques disciples , avec lesquels il ouvrit , sous le titre deClub central , une assemblée populaire, ou plutôt anti-populaire , qu’il affilia aux jacobinsde Paris . Le 6 février , cette société étoit composée d’environ six cents individus. A lasombre lueur de quelques lampes sépulcrales , dont la salle étoit éclairée , Châlier ,un poignard à la main , commença la séance en exigeant de tous les associés le sermentinfâme de garder le plus profond secret sur les mystères qu’il étoit chargé de leurdévoiler. U fit ensuite le récit d’une prétendue conspiration tramée par les négociantsde Lyon pour livrer la ville aux émissaires du roi de Sardaigne et des émigrés. Alorsles motions les plus incendiaires se succèdent rapidement. L’électricité du crime euttoujours malheureusement un effet plus rapide que celle de la vertu. Châlier ne manquapas d’observer que le moindre retard compromettoit la chose publique : il ajouta avecimpudence qu’il étoit assuré du secours de plusieurs milliers d’ouvriers mécontents deleurs maîtres ; que des troupes campées sur la rive du Rhône étoient prêtes à lesecourir ; qu’il falloit à l’issue de la séance , que chaque membre du club assemblâtses amis , et que , tous ensemble , se mettant en mouvement à deux heures aprèsminuit , on s’emparât de l’artillerie, pour la braquer aussitôt sur les principales