DE LA RÉVOLUTION. 3 79
avenues , et qu’on se saisît de tous les riches Lyonnais . Une guillotine devoit être placéesur le pont Saint-Clair. .Châlier se chargeoit d’instituer un tribunal populaire semblableà ceux qu’avoient érigés les septembriseurs de Paris . Tous les détenus dévoient êtredécapités, et leurs corps jetés dans le fleuve.
Cependant l’atrocité même de ce complot nuisoit à son exécution. Quelques membresde la société populaire comptaient, parmi les individus dévoués à la mort, des parents,des amis , et des personnes qui leur étoient cheres à plus d’un titre $ d’ailleurs tous cesindividus n’étoient pas également à la hauteur des principes jacobins , c’est-à-dire ,n’avoient pas tous le même degré de férocité. Quelques-uns d’entre eux informèrentplusieurs négociants du sort qu’on leur préparoit. Ceux-ci prirent sur-le-champ desmesures pour s’y soustraire : à minuit la générale fut battue par les ordres du mairede Lyon . Le développement inopiné de la force publique intimida aisément des scélératsqui n’ont de courage que lorsqu’ils ont garrotté leurs victimes. Châlier , qui devoitêtre puni de mort, conserva sa vie : les Lyonnais , plus humains que leurs assassins ,se contentèrent de fermer le Club central, et de chasser de leur ville les monstres quiinfluençoient ce club. Des plaintes furent portées de la part de ces derniers aux jacobinsde Paris. On peignoit les négociants lyonnais comme des contre-révolutionnaires quitenoient les patriotes sous le couteau. La Montagne ou plutôt les comités de gouver-nement firent marcher contre Lyon une partie de l’armée révolutionnaire , commandéepar Ronsin, qui depuis a expié ses crimes sur l’échafaud. Les députés Basire et Legendrefurent chargés de diriger cette expédition. La présence de ces jacobins ranima bientôtl’audace du parti que la fermeté des Lyonnais avoit étonné , mais non terrassé. Onrétablit le Club central ; toutes les administrations furent renouvelées ; et l’exécrableChâlier se fit nommer procureur de la commune. Ce scélérat se crut alors en mesured’opérer la subversion de Lyon . La nouvelle municipalité décida qu’il falloit lever unearmée révolutionnaire aux frais des riches : des placards sanguinaires, affichés dans toutesles rues , augmentoient l’effroi des citoyens honnêtes. A peine les chefs de cette arméefurent nommés par le Club central , qu’on vit paroître des mandats impératifs , signéspar quelques intrigants obscurs qui s’étoient érigés dans Lyon en comité de salut public.Il y avoit des mandats qui excédoient la fortune de ceux qui les recevoient. Ces vexa-tions étoient combinées pour exciter les habitants à une insurrection nécessaire auxdésorganisateurs pour pallier leurs forfaits , et motiver la destruction de cette ville. Lesemprisonnements se multiplioient en même temps à un point effrayant. Au lieu de leversix millions , auxquels on avoit calculé la dépense de l’armée prétendue révolutionnaire,on leva trente-six millions. Ces taxes extraordinaires dévoient porter le désespoir dansl’ame des Lyonnais . Une partie des ouvriers s’étoit prononcée pour le parti jacobite ;et il existoit dans Lyon deux forces qui se choquoient, celle de la municipalité , etcelle des sections. Châlier avoit déclaré dans le Club central que le moment des ven-geances étoit venu , et qu’on n’attendoit que l’arrivée de quelques bataillons pour fermerles portes des sections, et faire guillotiner tous les meneurs de ces assemblées. On disoitassez publiquement que le jour de cette infernale expédition étoit fixé au 29 mai. Chaquesection ordonna à son bataillon de prendre les armes , et de veiller à la sûreté despersonnes et des propriétés. On apprit le 29 , lorsque le jour commençoit a paroître ,flue , par ordre de la municipalité , plus de cent peres de famille avoient été jetésdans les fers pendant la nuit , et qu’ils dévoient être mis a mort le jour meme. Cettenouvelle décide l’insurrection. Les sections s’emparent de l’arsenal et des armes qu’ilrenfermoit : les jacobins en possession de la maison commune , venoient de recevoir lesrenforts qu’ils attendoient $ les deux partis se préparoient au combat. L’un de ces deuxpartis vouloit piller et massacrer ; l’autre vouloit empêcher le pillage, et se garantird’un égorgement. Le combat s’engagea , et se soutint des deux cotes avec un égal achar-