QUATRE-VINGT-SEIZIEME TABLEAU
DE LA RÉVOLUTION.
SUPPLICE D’HÉBERT, GOBEL, CHAUMETTE, etc.
LE 14 MARS 1793;
LE 24 VENTOSE , AN DEUXIEME DE LA RÉPUBLIQUE.
T elle est la tâche pénible et douloureuse du peintre et de l’historien de la révolution ,qu’il leur faut sans cesse tremper leur pinceau dans le sang. Du moins le tableau quenous allons présenter ici à nos lecteurs, le châtiment à côté du crime , la terreurplanant sur les coupables , et nos tyrans s’entrégorgeant mutuellement. Il faut que lelecteur surmonte comme nous le dégoût qu’inspirent les horreurs dont nous avons ététémoins et victimes , s’il veut connoître la derniere limite de la perversité humaine.Nous gémirions peut - être encore sous le même joug de fer , si nos oppresseursn’avoient fini par se faire justice eux - mêmes , soit par la crainte qu’ils avoient lesuns des autres , connoissant réciproquement leur profonde scélératesse , soit parjalousie et rivalité d’ambition et de pouvoir. Ce fut ainsi que d’Orléans devint la victimede ceux qui parurent le soutenir tant qu’il lui restoit de l’or à leur prodiguer , ettant qu’ils ne se crurent pas assez forts pour aspirer eux-mêmes à la domination ; cefut encore ainsi que Robespierre , après avoir essayé ses forces contre l’assembléenationale le 3 i mai , la décima depuis avec plus d’audace , tantôt en faisantincarcérer j 3 députés à-la-fois , tantôt en proscrivant en détail ceux de ses membresqui jouissoient d’une grande popularité , ou dont les talents faisoient plus d’ombrageà sa médiocrité : on sait que Robespierre envioit aussi la gloire littéraire , et aspiroità la réputation que donne l’éloquence. Au moyen de l’accroissement de terreur queproduisoit chaque acte de sa tyrannie , il se vit assez puissant pour ne ménager aucunde ses premiers complices , et il n’est pas douteux qu’il eût frappé à leur tourCouthon et S.-Just ( 1 ) , sans la révolution du 9 thermidor. Robespierre avoit pourproscrire Hébert plusieurs motifs différents , mais tous concourant au même but , celuide parvenir à la domination suprême. Avant d’en venir au moment où Hébert futarrêté et puni de mort comme conspirateur , il est intéressant de reprendre les évène-ments d’un peu plus haut,et d’approfondir le planque s’étoit formé Robespierre , ainsi queles moyens qu’il employoit pour parvenir à asseoir sa tyrannie : c’est par cette connois-sance seulement que l’histoire devient utile. Pour atteindre au pouvoir absolu , il falloitemployer à-la-fois les ressorts en apparence les plus contraires \ il falloit enchaîner le
(1) Robespierre, Couthon et S.-Just dévoient d’abord se partager la France; Couthon eût été roidu Midi. Mais Robespierre eût vraisemblablement fini par l’immoler.
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