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Tome second.
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392 TABLEAUX II ISTORIQUES, etc.

garde militaire de les éloiger de l’audience ; ils furent immolés. C’est la première fois,dans les annales du monde , qu’on a égorgé en masse tant d’hommes extraordinaires.Condorcet s’étoit soustrait aux fers des assassins , et n’avoit point été arrêté. Il se donnalui - même la mort quelque temps après en avalant du poison, et mourut commeSocrate . Nous laissons à la renommée à publier sa gloire littéraire. Il fut , commeBailly , un grand littérateur , un philosophe profond , un savant géomètre ; commelui il vécut étranger à toutes les factions ; comme lui il en fut la victime ; comme luiil mourut pauvre , tandis que ses oppresseurs étaient gorgés d’or et de rapines. On luia reproché, tantôt d’avoir été Orléaniste , tantôt d’avoir été Girondin, Brissotin. Cesinculpations , aussi ridicules que dénuées de preuves , sont tombées d’elles - mêmes.N’a-t-on pas osé lui reprocher sa philanthropie envers les noirs ; comme s’il avoit puprévoir les horreurs qu’on a commises dans les Colonies au nom de cette philantrophie,ainsi qu’on en a commis en France au nom de la liberté ! Une grande réponse à tous lescalomniateurs de ce grand homme ( car la postérité ne lui refusera pas ce titre ), c’est savie , c’est sa mort, ce sont ses écrits. Qui pourra refuser toute sa vénération , tous sesregrets , à cet illustre proscrit, quand on saura que c’est dans la retraite où il s’étoitcaché, et sous la hache des bourreaux , perpétuellement suspendue sur sa tête , commel’épée de Damoclès , qu’il a composé l’intéressant ouvrage intitulé Esquisse pour servirà l’histoire des progrès de l’esprit humain ? L’auteur entrevoit, ainsi que le vertueuxTurgot , la possibilité d’une grande perfectibilité de l’espece humaine au physique etau moral : c’est le rêve consolant d’un homme de bien , d’un sage , qui juge favora-blement de l’espece humaine , parcequ’il en juge d’après lui-même. Cet ouvrage suffiroit,s’il en était besoin , pour faire l’apologie de sa conduite et celle de son cœur. Malheurà qui ne sentira pas toute la preuve d’innocence et de grandeur d’ame qui résulte d’untel écrit, et dans de telles circonstances ! ( i )

( i ) On découvrit l’asyle où Condorcet s’étoit réfugié , et on l’arrêta. Ce fut alors qu’il prit , danssa prison , de l’opium dont il avoit eu la précaution de se munir.