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Tome second.
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TABLEAUX HISTORIQUESdécouvrir sa foiblesse : il croyoit perdre ses complices ; il fut écrasé lui-même. Ilvouloit aussi entamer de nouveau la représentation nationale et faire un second 3i mai:ce fut même ce projet d’attenter de nouveau à l’intégralité de la convention qui divisa lesproscripteurs et accéléra leur chûte. Il y eut encore d’autres motifs de division entreles deux comités de gouvernement. Depuis cette fête à l’Etre suprême où Robespierre s’enivra lui - même de l’encens qu’il feignoit d’offrir à la Divinité , il avoit ordonné àl’accusateur public , Fouquier - Thinville , de prendre un peu moins de victimes parmiles prêtres. Sur le point de faire éclater ses projets de domination , il vouloit commencerà ménager cette classe d’hommes toujours puissante auprès du peuple *, néanmoins ,afin de satisfaire l’anthropophage voracité de ses collègues , et la brûlante soif du sangqui le dévoroit, il avoit soin de joindre de nombreux suppléments de conspirateursqui ne s’étoient jamais connus , de vieillards infirmes , de femmes , et d’enfants. Tantd’humanité et de compassion ne pouvoit satisfaire Vadier , membre du comité de sûretégénérale. Puisque l’on vouloit ( i ) dépopuler la France , faucher l’espèce humaine ,pourquoi, disoit Vadier , ménager les prêtres ? pourquoi épargner les fanatiques et lesfanatiseurs? Vadier , d’après une conspiration absurde , obtient aussitôt un décret quienvoie une illuminée , Catherine Théos , et un illuminé , dom Gerle , au tribunalrévolutionnaire , c’est-à-dire à la mort. Cette hardiesse de Vadier étonna le modernepontife Robespierre : il défendit à Fouquier de faire guillotiner la vieille et l’illuminé.Vadier , qui sait que la menace du tyran est l’éclair qui précède la foudre, se tournedès ce moment contre Robespierre . Le choix d’autres victimes acheva de diviser lesdécemvirs. Le 8 thermidor arrive. Les assassins , désunis entre eux , ne peuvent resterplus long-temps en présence sans s’attaquer ; et le complot qui devoit s’exécuter deproscrire un certain nombre de députés ne pouvoit guere être retardé davantage.Robespierre est à la tribune avec un de ces rapports homicides qui préparent de grandsattentats. L’assemblée garde le silence de la terreur. Il faut observer cependant queTallien et quelques autres députés avoient conçu depuis quelque temps le généreuxprojet de poignarder le tyran. Ce qui avoit suspendu leurs bras , c’est que la popu-larité étonnante dont jouissoit le dictateur leur faisoit craindre d’éprouver le sort desmeurtriers de César. Robespierre lit un long discours où il signale les ennemis du peuple ,c’est-à-dire les siens : il se livre à une diatribe amere contre les opérations du gouverne-ment , auquel il déclare qu’il n’a point pris part depuis plus de quatre décades. Il déclamesuccessivement contre les comités de salut public , de sûreté générale, et des finances. Ilaccuse les comités d’avoir éloigné les canonniers de Paris . Il ajoute qu’il proposera lesseules mesures propres à sauver la patrie. On demande l’impression de ce discours ; Couthon en propose l’envoi à toutes les communes. Cambon , dont ce discours attaquoit lesopérations financières , s’élève avec énergie contre le despotisme de Robespierre dontla volonté seule a paralysé un décret rendu sur les rentes viagères. Billaud déclare qu’onen impose à la convention sur le fait des canonniers ; car de quarante-huit compagnies ,il en reste à Paris trente - trois , et un décret porte qu’il en doit toujours rester lamoitié. Le député Panis interpelle le dominateur de déclarer s’il est vrai qu’il a proscritplusieurs députés. L’on rapporte le décret d’envoi du discours de Robespierre . Telle futexactement la séance du 8. A celle du 9 , Saint-Just entame un discours dans le sensde celui de Robespierre : Tallien l’interrompt par une motion d’ordre. « Aucun boncitoyen , dit-il, ne peut retenir ses larmes sur le sort malheureux auquel la chosepublique est abandonnée. Hier un membre du gouvernement s’est isolé j aujourd’huiun autre fait la même chose. Je demande que le rideau soit entièrement déchiré ».Billaud prend la parole , et s’étonne de voir Saint-Just à la tribune , lui qui avoit

( 1 ) Histoire secrete de la Révolution française , par François Pagès .