DE LA RÉVOLUTION. 45 g
long-temps en enfance, et dont la surdité, attestée au tribunal étonné de son silence,donna lieu à ce mot atroce de l’infàme Fouquier, Il a conspiré sourdement . Une sin-gularité qui n’échappera point à l’histoire , et qui sera à jamais une preuve de l’instabilité,ou plutôt du châtiment inévitable qui s’attache à la destinée des tyrans, c’est que cefut précisément ce même tribunal que Robespierre avoit organisé pour servir d’appuià sa domination , qui l’envoya à la mort avec Dumas et ses autres complices : Fouquierfut aussi jugé dans cette même salle où il avoit proscrit tant d’infortunés. Après lamort du tyran , il devint, ainsi que son tribunal, l’objet de l’attention publique :il fut dénoncé et décrété d’arrestation. Ce scélérat s’étoit caché dans le palais de lajustice : la force armée cerna cet édifice : on le chercha long-temps ; il fut enfindécouvert, et traduit à la Conciergerie. L’accusateur public dressa un acte supplé-mentaire d’accusation contre Fouquier, et pour faits de complicité , contre plusieursdes ex-juges et ex-jurés. Les principaux chefs d’accusation contre Fouquier furentpris dans les propos atroces qu’il tenoit publiquement pour démontrer sa joie à 'multiplier des victimes ; dans la violation spéciale de la loi sur les confections deslistes des jurés ; dans les altérations qu’il se permettoit de son chef à ces listes poury mettre ceux des jurés qu’il présumoit être les plus féroces , et qu’il appeloit ses solides ; ;dans le changement qu’il faisoit à onze heures du soir du tableau des affaires préparéespour le lendemain, présentant de nouveaux accusés , et affectant quelquefois de fairece changement au moment de l’audience ; dans les listes qu’il rédigeoit lui - même ,et sur lesquelles il mettoit en marge les jurés à conserver ou à rejeter 5 dans lescalculs qu’il faisoit en présence des jurés, et au milieu des orgies , sur la quantitédes prévenus à faire périr, qu’il supputoit devoir faire monter à deux ou trois centspar décade 5 dans sa maniéré d’influencer les témqins et les jurés, en retenant dansles fers les personnes acquittées, et les faisant remettre en jugement, comme aussi ense rendant dépositaire des sommes dont elles étoient munies, et les faisant expédier,afin , disoit-il, qu’elles n’éprouvassent plus de besoins ; dans sa maniéré d’intercepter ladéfense des accusés, et de cacher les pièces qui pouvoient servir à leur décharge 5dans sa correspondance avec des commissions populaires pour se faire envoyer desvictimes $ dans des notes qu’il adressoit à ses agents pour leur dire qu’il n’étoit pasbesoin de témoins , et leur recommander surtout de faire tout ce qu’ils pourroient pour que lesaccusés ne fussent pas mis hors des débats ; dans plusieurs actes d’accusation remplis deratures, de renvois et d’interlignes sans approbation 5 enfin dans un acte où il dénonçaet mit en jugement un individu jugé et guillotiné depuis près d’un mois ; de sorte que,par une suite de cette erreur révoltante, on trouve ( c’est toujours l’accusateur publicqui parle ) un procès-verbal d’audience qui atteste que le mort , recouvrant sans doute laparole , décline son nom, son âge , sa qualité et son domicile. Fouquier fut sur-tout accuséd’avoir fait dresser dans les prisons des listes de proscriptions et de prétendues cons-pirations. Plusieurs ex-juges et ex-jurés furent accusés, les uns d’avoir dit qu’ils nevenoient siéger que pour faire le feu de file ; d’autres , que les prêtres et les noblesétoient des gibiers à guillotine ; celui-ci, de s’être vanté de n’avoir jamais voté que lamort ; celui-là, d’avoir dit que lorsqu’il n’y avoit pas de délit il falloit en imaginer ; unautre, d’avoir... Mais il faut épargner à la sensibilité de nos lecteurs cette dégoûtantesérie de forfaits. Hélas! il n’est pas permis de les révoquer en doute, ils furent lumi-neusement prouvés. Ce fut le 12 floréal que finirent les débats de ce procès malheu-reusement trop fameux dans les fastes de la révolution. Fouquier se défendit avec toutel’impétuosité qui le caractérisoit, depuis sept heures du soir jusqu’à dix, et le lendemaindepuis neuf heures jusqu’à onze. Il protesta de son exactitude pour le tirage et laconvocation des jurés, dit qu’il devoit obéir aux ordres du gouvernement, mais qu’il