462 TABLEAUX HISTORIQUES
Ruamps , Amar , Choudieu , et quelques autres que l’opinion publique poursuivoitparticulièrement : mais la procédure contre les comités de gouvernement fut anéantie,et les députés qui se trouvoient étrangement compromis dans cette affaire, recouvrantleur tranquillité , firent peu d’attention au cri d’indignation qui devoit s’élever danstoute la France à la nouvelle d’un décret dont les dispositions , assurant l’existencedes assassins les plus exécrables , ne laissoient entrevoir aux opprimés d’autre justiceque celle qu’ils se feroient eux - mêmes. Ce péril passé , un autre objet non moinsimportant occupa les ambitieux. Il falloit conserver son pouvoir -, l’espérance étoitenivrante , le succès très douteux. Tous les moyens parurent bons pour arriver aubut désiré : chacun convenoit que l’amas informe de faux principes publié en 1793par la Montagne ne pouvoit devenir le code constitutionnel d’un empire. Cette consti-tution n’avoit été faite que pour détruire le parti de la Gironde ; Hérault-Séchelles,qui en fit le rapport , n’avoit jamais eu lui-même la folle idée de la faire exécuter.D’autres raisons détournoient encore les agitateurs de publier sincèrement ce code,dont les lois , quoiqu’anarchiques , ne l’étoient pas assez suivant leurs vues ; maisils le présentoient en ce moment au peuple , avec qui il faut toujours avoir un pré-texte pour le séduire. Cependant la famine augmentoit dans Paris . L’arrivage dessubsistances éprouvoit de plus en plus des embarras suscités par ceux mêmes quiaffectoient avec un zele hypocrite d’accuser l’imprévoyance des administrateurs. Onavoit porté la multitude à piller le bois destiné aux boulangers. Les habitants deParis furent réduits à deux onces de pain , composé souvent de matières funestesà la santé. Tout annonçoit que l’insurrection du 12 germinal seroit bientôt suivied’une antre. Le 20 floréal , les sections de Montreuil , des Quinze-Vingts , et de Po-pincourt , dans le faubourg Antoine , prirent des arrêtés révolutionnaires. En vainles amis de l’ordre vouloient s’emparer de la tribune •, les jacobins dominoient. Toutela décade se passa en intrigues obscures : les buveurs de sang gagnoient du terrain,et la crise se préparoit d’une maniéré alarmante. La fermentation augmenta le 3 o.Les jacobins passèrent cette journée à disposer l’évènement terrible qui devoit avoirlieu le lendemain. Le 20 mai ( i er prairial ) le tocsin sonna dès le matin dans lesfaubourgs Saint-Antoine et Saint-Marceau : un comité d’insurrection fut formé. Lesséditieux s’étoient rassemblés dans les faubourgs et dans quelques quartiers de l’in-térieur , où , s’étant rendus maîtres du local dans lequel se tenoit l’assemblée section-naire , ils essayèrent d’abord de forcer par leurs cris ordinaires les comités civils àlégaliser par leur assentiment les délibérations que les agitateurs méditoient. Les anar-chistes ne purent réussir auprès des comités civils : mais ils avoient d’autres moyenspour grossir leur rassemblement. Us avoient distribué avec profusion une proclama-tion , qu’il est essentiel de consigner ici : « Le peuple , considérant que le gouverne-« ment actuel est usurpateur et atroce , et qu’on ne doit pas le tolérer plus long-temps ,
« considérant encore que la résistance à l’oppression est non seulement pour le peuple ,
« mais pour chaque portion du peuple , le plus saint des devoirs , arrête : i°. Aujour-« d’hui , sans différer , les citoyens et les citoyennes de Paris se rendront à la convention« pour lui demander du pain , l’abolition du gouvernement révolutionnaire, la pro-« clamation dans le jour de la constitution de 1793 , le renouvellement et l’arresta-« tion de tous les membres du gouvernement actuel , la liberté de tous les détenus« pour leurs opinions ou pour avoir demandé du pain , la convocation des assemblées« primaires pour le 25 prairial pour renouveler les autorités constituées , et une assem-« blée législative qui remplacera la convention le 2S messidor. 2 0 . Les barrières seront« fermées : les députés hors de leur poste seront ramenés dans la convention : le« peuple s’emparera des cloches propres à sonner le tocsin , du canon d’alarme t et du