DE LA RÉVOLUTION. 463
« télégraphe. Il sera formé un comité central composé d’un commissaire de chaque« section , chargé de l’administration provisoire. Tout fonctionnaire public qui s’op-ta posera à l’insurrection sera regardé comme ennemi du peuple. Tout pouvoir non« émané du peuple est illégal. Les propriétés restent sous la sauve-garde du peuple.« 3 °. Les insurgés ont pour mot de ralliement , Du pain , et la constitution de 1793.« Les drapeaux porteront cette légende ; elle sera écrite à la craie sur tous les chapeaux :« ceux qui ne porteront pas ce signe seront comptés parmi les affameurs du peuple ».Cette proclamation insidieuse avoit égaré une grande quantité d’ouvriers. A midi,les rassemblements populaires étoient très nombreux. A une heure, les insurgés mar-chèrent vers la convention sur deux colonnes. Ils étoient armés de fusils , de longuespiques , et de quelques canons. Une troupe considérable de femmes. ... de furies ,couvre la place du Carrousel et la cour du Palais national. C’est du pain qu’ellesdemandent à grands cris ; mais leurs discours féroces annoncent la soif ardente dusang. Les portes du sénat sont brisées et forcées. Perraud , revenu depuis deux décadesde l’armée de la Moselle , le jeune et estimable représentant Ferraud , qui dans leNord et le Midi avoit signalé son courage , vole au-devant de ces furieux , les exhorte,les prie , les conjure de respecter le sénat, de ne pas perdre la république ; ils nel’écoutent pas : de son corps couché par terre il veut faire une digue à leurs attentats 5ils le foulent aux pieds : ses collègues le relevent tout meurtri , éperdu , navré dedouleur. Les séditieux se répandent dans l’enceinte de la convention : la garde lesforce à reculer ; ils reviennent aussitôt à la charge avec plus de fureur. Auguis etFerraud , à la tête d’une troupe nombreuse , repoussent de toutes parts les agents ducrime ; mais en dehors de la convention le rassemblement devenoit plus violent etplus considérable. Les bataillons des sections arrivoient , mais ils étoient peu nombreux.L’excès du mal venoit surtout du défaut d’ordre militaire. Les rebelles inondent lasalle de l’assemblée \ leur régné commence par deux assassinats. Un citoyen arracheun chapeau souillé du signe de ralliement ; aussitôt un coup de feu le renverse aupied du bureau. Ferraud , qui s’élançoit au-devant des fusils dirigés sur le président ,veut prendre la défense de cet infortuné 5 il est frappé lui-même , il tombe sur lesmarches de la tribune 5 on le traîne par les cheveux dans un couloir ou passage , oul’on achevé de le massacrer. Sa tête coupée est portée au bout d’une pique , pro-menée dans la salle , mise sous les yeux du président. Boissy - d’Anglas occupoit lefauteuil : sa tête couverte , l’œil tranquille , dans l’attitude du calme le plus intrépideet le plus majestueux , Boissy se trouve entouré d’un millier d’assassins ; il est en butteà leurs imprécations , à leurs fureurs ; et, plus grand que tous les efforts du crime,il en impose aux scélérats , confondus de ne pouvoir porter le trouble dans le cœurd’un homme juste. La république sembloit anéantie. Les patriotes étoient comprimés,paralysés , les autorités sans force , la convention presque dissoute. Un homme à sonposte conservoit la dignité de la France ; la majesté de la république , sa sûreté ,reposoit toute entière sur Boissy-d’Anglas. Pendant que le cadavre mutilé de Ferraudreste en proie aux outrages des assassins , pendant que sa tête , promenée au boutd’une pique , consterne d’effroi les bons citoyens , remplit les malveillants de la joieatroce du crime , et releve leurs coupables espérances , une nouvelle troupe de re-belles entre dans la salle au pas de charge. Ceux qui entouroient Boissy lui présen-toient sans cesse leurs motions a signer, en lui disant, Signe , ou je te tue. On remarquoitécrit sur les chapeaux des assassins avec de la craie ces mots , Du pain , et la constitutionde 1793. Boissy persiste dans sa résistance, et présente en holocauste à ces cannibalessa tête inclinée sur le bureau. Un autre député (Vernier , du Jura ) occupe un mo-ment la place de Boissy-d’Anglas 5 on espere que son grand âge le rendra plus timide :