CENT SEIZIEME TABLEAU
DE LA RÉVOLUTION.
ATTAQUE DU FAUBOURG SAINT-ANTOINE,
LE 23 MAI 1795;
LE 4 PRAIRIAL, AN TROISIEME DE LA RÉPUBLIQUE.
Les derniers jours de ventôse et les premiers de germinal , l’an trois ~ avoientpréparé de grandes commotions. Elles éclatèrent le 12 germinal et le i er prairial.Les habitants du faubourg Saint - Antoine , célèbres par la prise de la Bastille ,étoient , par leur patriotisme même , d’autant plus faciles à égarer que c’étoit aunom de la liberté qu’on les entraînoit aux démarches les plus contraires à la vraieliberté. Ces habitants sont pour la plupart des ouvriers peu instruits : on les sé-duisoit par les prétextes les plus spécieux , par les proclamations les plus insidieuses.La famine avoit achevé d’exaspérer les esprits. Une pétition incendiaire fut pré-sentée sous le nom de ce faubourg redoutable par son immense population ; etle 12 germinal fut signalé par une terrible insurrection. Une horde menaçante seporta sur la convention. Le gouvernement n’étoit point en- mesure , et n’avoitpris aucune de ces précautions nécessaires dans tout état , mais surtout dans unerépublique naissante , et non encore affermie. Pendant que le sénat est sous lecouteau des assassins , le sentiment du péril inspire des résolutions subites. La gé-nérale bat dans toutes les sections. Le vainqueur de la Hollande, Pichegru , appelédepuis trois jours à Paris , est destiné à commander la garde nationale. D’un côté ,les savantes dispositions de ce général, de l’autre la gaucherie des moyens , la len-teur et la discordance dans l’exécution de la part des rebelles , sauvèrent la chosepublique. Le 21 la convention ordonna le désarmement des terroristes. On recher-cha la conduite des députés prévenus , les uns des plus grands forfaits , d’autresd’avoir fomenté cette insurrection. Le comité fit son rapport 5 et l’assemblée se livraau pénible examen de ce cloaque de crimes. Les pièces à l’appui du rapport prou-vèrent que Duhem avoit donné de l’argent à l’assassin de Raffet , commandant desbataillons de Paris 5 que Cambon , Granet et Thuriot étoient inculpés d’une maniéréaccablante 5 que Maignet, le Carrier du Midi, Hentz , qui, dans le Palatinat , bruloitune ville en deux heures et combloit les puits de victimes entassées , et autres ,n’avoient pas même l’apparence de l’innocence , et ne laissoient aucun doute sur
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