DE LA RÉVOLUTION. 467
la veille , avoient mérité du sénat des témoignages d’admiration et de reconnôissancepour ne l’avoir point quitté au milieu des périls qui leur devenoient communs,déclarant qu’ils partageraient les dangers de la convention. Ont-ils , le 2 prairial , reconnules mêmes hommes , le même sénat ? Les honneurs de la séance étoient suffisants ;l’accollade étoit de trop. Au surplus la journée du 4 prairial prouva de plus en plusla nécessité d’un grand acte de vigueur. Le 3 , le tribunal criminel avoit condamnéà mort un homme convaincu d’avoir porté sur sa pique la tête du représentantï’erraud. Les complices de cet assassin l’enlevent à l’échafaud , et le conduisent entriomphe au faubourg Antoine. Tant d’excès dévoient avoir un terme. Une troupenombreuse de jeunes gens se présente le soir même aux comités de gouvernement :ils demandent des armes , un chef, et l’honorable permission de marcher les premierspour réduire un faubourg rebelle. Leur offre généreuse est acceptée. On rassembleen même temps une force militaire plus nombreuse 5 et la convention décrété queles trois sections du faubourg seront sommées de livrer à l’instant leurs pièces decanon et les assassins de la représentation nationale : en cas de refus la force arméedoit écraser les révoltés. Ceux-ci pâlissent ,à l’aspect de l’appareil menaçant et de laforce imposante qui les environne. Qu’on se représente en effet une jeunesse brillante ,animée du plus brûlant civisme , les troupes de ligne dans une attitude non moinsredoutable , le tout précédé des commissaires de la convention et d’une artillerienombreuse. Le faubourg résiste encore aux voies de conciliation. ’Une partie de laforce armée tourne le faubourg. On saisit environ cent cinquante gendarmes , et unmulâtre , principaux agents de la rébellion. On fait une troisième sommation : lesrévoltés balancent 5 mais enfin ils reconnoissent leur impuissance. Us rendent leurscanons, et livrent tous les coupables connus qui'n’ont pas pris la fuite. La conventionordonne l’entier désarmement des rebelles : le calme renaît , et la terreur n’est plusque dans l’ame des coupables : elle ordonne aussi le désarmement de tous les terro-ristes dans toute l’étendue de la république. On apprit que Collot - d’Herbois etBillaud - Yarenne étoient embarqués pour la Guyane . La convention décréta queBarrere seroit traduit devant le tribunal criminel de la Charente inférieure. Vingtdéputés furent décrétés d’arrestation 5 Bourbotte et d’autres furent aussi envoyés devantles tribunaux. Des nouvelles satisfaisantes consolèrent les bons citoyens : des succèsbrillants aux Pyrénées et aux Alpes furent suivis d’un succès plus considérable encore ,la prise de Luxembourg , et , .peu de temps après , celle de Manheim ; tandis que,dans l’intérieur , le désarmemeut des terroristes et du faubourg Antoine, et l’arrestationou la fuite des principaux coupables , promettaient des jours plus sereins , et l’entierecessation des orages révolutionnaires , ou plutôt véritablement contre-révolutionnaires.Cette derniere victoire remportée sur une portion du peuple estimable , mais malheu-reusement trop facile à égarer , fut le triomphe de la liberté. M le 14 juillet, ni le10 août, ni le 3i mai, ni peut-être le i er prairial , n’avoient présenté dans la capitaleUn spectacle aussi effrayant, ni des dispositions militaires aussi extraordinaires , ni unplus grand danger ; il ne s’agissoit de rien moins que de voir réduire en cendres un .faubourg immense , précieux à tant dè titres. Cette victoire , et tous les évènementsqui la précédèrent, ou qui la suivirent, doivent être considérés comme une sorte.decomplément de l’immortelle révolution du 9 thermidor.. Les principaux fauteurs' de •l’anarchie , manifestant sans réserve toute l’étendue de leurs projets désorgariisateurs,se livrèrent à la vengeance de leurs ennemis. Un grand nombre de députes jacobinsqui avoient eu l’art, par des menées souterraines et tortueuses , de tromper la multitudesur leur moralité et sur leurs opinions politiques, venoient enfin de jeter le masque.On pourroit même aller jusqu’à soupçonner, tant fut grande l’audace et l’imprudence