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Tome second.
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LA RÉVOLUTION. 5o3

mais l’art de les enseigner. Pour la première fois les hommes les plus éminents entout genre de connoissances, des hommes qui jusqu’alors avoient été les précepteursdes nations et des siècles, devinrent les maîtres d’école d’un peuple que l’instructiondoit rendre le modèle des autres nations de l’Europe , comme ses armes l’en ont rendul’admiration et la terreur. Le muséum d’histoire naturelle a été considérablementaugmenté ; et les chefs-d’œuvre du pinceau flamand , ceux du pinceau et du ciseauitalien, transportés en France , exciteront de plus en plus l’émulation, enflammerontle génie de nos artistes : ils s’aimanteront pour ainsi dire auprès de ces grands monu-ments. Les arts renouvelleront leur antique alliance avec la liberté ; et si nous leurdevons la révolution , elle les servira à son tour en leur faisant prendre un vol plusrapide, un élan plus sublime et plus majestueux. Ils s’élèveront à une hauteur à la-quelle ils ne pourraient jamais atteindre chez un peuple esclave. La liberté politique ,qui est le chef-d’œuvre de la civilisation, et les beaux arts, qui sont la plus bellecréation du génie , naquirent sous le meme ciel, et répandirent à-la-fois leurs in-fluences sur le même peuple : les Athéniens virent éclorre et les lois de Solon , et lestableaux de Zeuxis, et les statues de Phidias . Mais, dès qu’ils furent transplantés chezdes nations asservies , les beaux arts perdirent bientôt leur noblesse et leur dignitéprimitives. Par-tout où un seul est le maître, il tient dans sa main les honneurs et lesrécompenses. Ce n’est plus au beau idéal, à la perfection , qu’on aspire ; c’est à l’ap-probation du despote ou de ses ministres. E)ès-lors on voit naître, sous la protectiondu maître, des académies, des corporations, des privilèges : les arts ne marchent plusque chargés de chaînes ; et des censeurs royaux , comprimant la pensée , ôtent augénie ses ailes de feu pour lui en substituer de plomb. Mais si dans ce pays la libertévient à sourire, alors le génie respire. Au lieu d’être servilement adulateur, il devienténergique, fier et sublime : plus d’entraves ni d’humiliations à craindre, plus d’in-justices ni de dégoûts à dévorer.

Une des plus belles conceptions, celle qui contribuera le plus à donner aux scien-ces une nouvelle vie et l’essor le plus brillant, c’est la création de l’institut nationalet des écoles centrales. L’institut national réunit tous les genres de connoissances ,toutes les branches de l’instruction publique , sur-tout s’il n’imite pas l’ancienneacadémie , qui ne sut s’approprier ni Malebranche , ni Descartes , ni Pascal , ni lesdeux Rousseau , ni l’auteur de la Métromanie, et qui refusa le prix de poésie à Vol-taire . La première séance publique de l’institut national a donné les plus grandesespérances pour les progrès des arts dans leur application aux objets utiles. Elle s’esttenue au Louvre, dans le même endroit où siêgeoient les Buffon, les Fonteneîle,les Montesquieu , les Corneille, les Racine, tous ces géants littéraires du grand siecle ,tous ces hommes immortels qui vivront dans les âges les plus reculés. Le directoireen grand costume, les corps administratifs, les ambassadeurs étrangers, nos minis-tres, assistèrent à cette séance, qui fera époque, puisque ce jour vit rouvrir le sanc-tuaire des sciences, qui étoit fermé depuis quatre ans, et que Colbert avoit créé dansle dernier siecle.

Le lycée des arts et le lycée républicain , ainsi que la société libre des gensde lettres, concourent aussi très puissamment à relever les sciences des atteintesque le vandalisme leur avoit portées. Le génie de la liberté ne se séparera plus dugénie des arts. Le gouvernement républicain est leur élément ; c’est là quel’homme est tout ce qu’il peut être, et que les talents ont plus de latitude pour se dé-velopper avec toute la puissance dont ils sont susceptibles. Tout nous présage que,sur-tout après la pacification générale de l’Europe , ils concourront encore plus rapi-dement à la perfectibilité de la raison humaine , et qu’ils ajouteront à la gloire denos armes la gloire bien plus durable, bien plus consolante, du bonheur public, dû