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Tome second.
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Soi TABLEAUX HISTORIQUES

à-la-fois et fatiguée de toutes ces destructions , étoit arrivée sans force et sans courageau moment des grandes créations. Les grandes assemblées sont comme les individus;elles ont leur apogée et leur déclin. Les circonstances orageuses où se trouva le pre-mier corps constituant n’étoient pas d’ailleurs, il faut l’avouer, aussi favorables pourédifier que pour démolir, pour remplacer que pour détruire. Cette assemblée, enrévisant à la hâte les parties éparses de sa constitution , avoit voulu concilier deuxchoses inconciliables de leur nature , la royauté et la liberté. Elle ne pouvoit plussavoir quel génie il falloit donner à la nation. L’assemblée législative ordonna ungrand travail pour ranimer l’instruction publique : il fut préparé sur des vues trèsvastes ; un esprit véritablement philosophique coordonna toutes les connoissanceshumaines dans un plan d’enseignement public. Mais les mouvements politiques, lescommotions intérieures, arrêtèrent l’exécution de ce plan , comme ils avoient arrêtécelui de l’assemblée constituante. La convention n’eut pas des moments plus heureux:ce n’est pas lorsque la tempête soulevé tous les flots que l’on jette les fondements del’ouvrage qui doit encaisser et contenir l’océan ; il faut attendre du moins les dernierssifflements et les derniers murmures de l’orage. Quand, du milieu de tant de crises,de tant d’expériences morales si nouvelles, il jaillissoit tous les jours de nouvellesvérités , comment songer à poser par l’instruction des principes immuables P Leslégislateurs , devenus eux-mêmes les disciples de cette foule d’évènements qui écla-toient à chaque instant comme des phénomènes , et qui changeoient à-la-fois leschoses et les idees, ne pouvoient asseoir un plan fixe pour la régénération des sciences.Ils auroient ressemblé à des astronomes qui saisiroient l’instant où des cometes se-couent leur chevelure étincelante sur la terre, pour écrire dans leur cabinet la théo-rie des astres. C’étoit une nécessité, c’étoit en même temps une sagesse, d’attendrela fin de ce grand cours d’observations sociales que nos malheurs avoient ouvert devantnous. Il n’appartenoit qu’au temps , qu’on a appelé avec raison le grand maître del’homme , d’être le vrai législateur, le véritable instructeur de la république.

Tel a été l’état de la France .., Mais elle en est sortie. Les évènements se sont calmés,ou n’ont pris qu’une heureuse direction. Au dehors nous n’avons eu qu’un cours ré-gulier de victoires , une suite non interrompue de triomphes; au dedans le gouverne-ment ne s’occupe que du soin de réparer les insultes commises au nom de la justice, etde fermer les plaies faites à l’humanité. Nous avons une constitution qui est l’ouvragedu bon sens et de la probité; et le besoin de l’empire des lois n’est plus seulementune théorie , mais une passion, comme l’amour de la vie et l’horreur de la mort.L’Europe se soumet à la puissance de la république; la république se soumet à lapuissance de la raison. C’est le moment des sciences et des arts, qui peuvent seulsperfectionner cette raison qui doit être désormais notre régulatrice.

Un homme qu’il est permis de citer, puisqu’il a honoré le nom d’homme par ses vertuset ses talents, Turgot , formoit souvent le vœu de posséder pendant un certain temps unpouvoir absolu , pour réaliser sans obstacle et sans lenteur tout ce qu’il avoit conçu enfaveur de la raison, de la liberté et de l’humanité. Le corps législatif et le gouverne-ment ont en main le pouvoir qui manquoit à Turgot ; et il faut leur rendre la justicequ’il n’eût pas aidé plus qu’eux aux progrès ou plutôt au rétablissement des sciences.Les barbares décemvirs disoient : « A quoi servent les savants et les livres ? » Nosnouveaux gouvernants ont au contraire reconnu que l’univers , excepté les nationssauvages, n’est gouverné que par l’instruction et par les livres. La Chine n’est régieque par le livre moral de Corifucius ; la Perse fut gouvernée pendant dix siècles parles livres d’un des Zoroastres . Les écoles normales ont préparé la grande impulsionque les arts ont enfin reçue parmi nous. L’institution de ces écoles fut une concep-tion heureuse et absolument neuve. Ce n’étoit pas les sciences qu’on enseignoit,