CENT-TRENTE-UNIE ME T AB LE AU
DE LA RÉVOLUTION.
FÊTE DONNEE PAR LE DIRECTOIRE A BUONAPARTË ,DANS LE PALAIS NATIONAL DU LUXEMBOURG,
LE 20 FRIMAIRE, AN SIXIEME DE LA RÉPUBLIQUE.
La postérité verra sans doute avec intérêt la description de la fête qui fait le sujetde ce tableau , et qui fut une espece de récompense nationale, bien due au généralqui apportoit la ratification définitive du traité de paix conclu avec l’empereur.
A midi, l’artillerie placée dans le jardin du Palais national annonce par une dé-charge générale le commencement de la fête : le secrétaire général prend l’ordredu président du directoire pour le départ du cortege ; un corps de musique dirigela marche , et exécute les airs chéris des républicains ; le cortege se dirige par lesgaleries du palais, et arrive dans la grande cour. Tout y avoit été disposé pour lacérémonie ; au fond et contre le vestibule principal s’élevoit l’autel de la patrie ,surmonté des statues de la Liberté , de l’Égalité et de la Paix; il étoit décoré de plusieurstrophées, composés des nombreux drapeaux conquis par l’armée d’Italie; dans la partieintérieure étoient placés cinq fauteuils pour les membres du directoire, et un siégépour le secrétaire général ; en dessous étoient les sieges préparés pour les ministres ;ceux des membres du corps diplomatique étoient sur une estrade au bas de l’autel ;de chaque côté s’élevoit en demi-cercle un vaste amphithéâtre, destiné aux autoritésconstituées et au conservatoire de musique.
A chaque côté de l’amphithéâtre étoit placé un faisceau des drapeaux des différentesarmées de la république qui ont concouru à la conquête de la liberté.
Le général Buonaparte , parvenu au pied de l’autel de la patrie , est présenté audirectoire par le ministre des relations extérieures (Talleyrand-Périgord ). L’assembléeentière étoit avide d’entendre le héros italique ; sa contenance simple et modestecontrastoit avec sa grande réputation; chacun croyoit le voir commandant à la victoiresur le pont de Lody , à Arcole, au passage du Tagliamento , ou dictant la paix àCampo-Forinio : tout le monde se rappeloit ses exploits; lui seul les oublioit. Il sefait un profond silence: ce guerrier-négociateur remet au président du directoire laratification donnée par l’empereur au traité de paix de Campo-Formio, et dit :
« Citoyens directeurs, le peuple français, pour être libre, avoit les rois à combattre;« pour obtenir une constitution fondée sur la raison, il avoit dix-huit siècles de préjugés« à vaincre : la constitution de l’an III, et vous, avez triomphe de tous ces obstacles;« la religion , la féodalité et le royalisme ont successivement, depuis vingt siècles,« gouverné l’Europe ; mais de la paix que vous venez de conclure date l’ere des« gouvernements représentatifs. Vous êtes parvenus à organiser la grande nation, dont
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