5a6 TABLEAUX HISTORIQUES
« le vaste territoire n’est circonscrit que parceque la nature en a posé elle-raème« les limites : vous avez fait plus ; les deux plus belles parties de l’Europe , jadis si« célébrés par les arts, les sciences, et les grands hommes dont elles furent le berceau ^« voient avec les plus grandes espérances le génie de la liberté sortir des tombeaux« de leurs ancêtres ; ce sont deux piédestaux sur lesquels les destinées vont placer« deux puissantes nations. J’ai l’honneur de vous remettre le traité signé à Campo-« Formio , et ratifié par sa majesté l’empereur. La paix assure la liberté, la prospérité« et la gloire de la république. »
Apeine ce jeune héros a-t-il achevé qu’un concert d’acclamations s’élève jusqu’auxnues; on s’écrie de toutes les parties de l’enceinte :« Vive la république ! Vive ledirectoire ! Vire Buonaparte , le général de la grande armée ! » Ces cris sont répétés partoutes les bouches, et se prolongent dans la place et les rues adjacentes.
Barras , président du directoire, prend la parole , et dit : « Citoyen général, la« nature, avare de ses prodiges, ne présente que de loin en loin des grands hommes à« la terre ; mais elle dut être jalouse de marquer l’aurore de la liberté par un de ces« phénomènes qu’elle met des siècles à enfanter ; et la sublime révolution du peuple« français , nouvelle dans l’histoire des nations, devoit présenter un homme nouveaua dans l’histoire des hommes célébrés. Le premier de tous, citoyen général, vous avez« secoué le joug des préjugés, et du même bras dont vous avez terrassé les ennemis« de la republique vous avez écarté les rivaux que l’antiquité vous présentoit.
« Tous les âges, tous les empires offrent des conquérants précédés de l’effroi, suivis« de la mort, de l’esclavage, et arrosant des larmes de l’humanité le germe de leur« gloire ; mais vous , citoyen général, vous avez médité vos conquêtes avec la pensée« de Socrate ; vous avez semé tout à-la-fois sur vos traces la victoire et la liberté;« vous avez réconcilié, par la sagesse de votre conduite, l’homme avec la guerre, et leste peuples d’Italie n’ont vu dans l’armée républicaine que des amis qui venoient briser« leurs chaînes. Après dix-huit siècles vous avez vengé la France de la fortune de« César : il apporta dans nos champs l’asservissement et la destruction ; vous avez porté« dans son antique patrie la liberté et la vie. Ainsi se trouve acquittée rimmense dette« que le ressentiment des Gaulois avoit contractée envers l’orgueilleuse Rome.
« Mais , généreux guerrier , en ce jour solemnel, lorsque vos mains victorieuses« nous présentent la ratification de cette paix, constant objet des vœux du gouverne-« ment, de cette paix que la loyauté française offrit si souvent à ses ennemis, c’estce sur-tout comme pacificateur du continent que le directoire exécutif se plaît à vous« exprimer l’estime et la gratitude nationale. Quand les Apennins , les roches du Tyrol« et de la Carinthie s’applanissoient sous vos pas , quand l’épouvante générale signaloit« déjà votre approche vers les remparts de Vienne, quand, au faîte du Capitole, foulant« d’un pied vainqueur les tombeaux humiliés des anciens maîtres du monde, vous« pouviez y dicter les lois de la république française, vous arrêtez tout-à-coup au« seul mot de proposition de paix votre marche triomphante ; vous déposez le glaive« dont la patrie avoit armé votre bras, et l’olivier de la paix est la palme que vous« préférez cueillir. Dans l’âge heureux où l’ambition se nourrit de tout le délire de la« jeunesse, vous sacrifiez la certitude de succès brillants à la félicité de la patrie, et« par la paix la plus glorieuse et la mieux combinée pour l’intérêt des deux peuples ,« vous faites tout-à-coup succéder à la puissance des armées françaises une attitude« de repos peut-être plus formidable encore ; vous prouvez que l’on peut cesser de« vaincre sans cesser d’être grand.
« C est ainsi que, franchissant un écueil que n’évite pas toujours la maturité de l’âge,« vous avez bravé les sifflements de la calomnie , et les clameurs de cette tourbe d’in-« trigants, d’ambitieux, de dilapidateurs, dont un état de paix anéantit les projets , et