Band 
Tome premier.
Seite
103
JPEG-Download
 

(03 —

aces. L’Amérique se peuple déjà de nos lileurs et de noscoloristes, qui lui portent les derniers soupirs et les der-niers perfectionnements du calicot d’Europe .

Déjà de grands manufacturiers anglais ont transportéleurs pénates aux abords de la chute du Niagara, dontle plus mince filet tient lieu des plus puissantes machinesà vapeur.

Déjà le marché d’Amérique nous est enlevé, et si lesAméricains s’avisent de s’enquérir, comme les Gantois,du goût des différentes populations de l’archipel Indien,nul doute qu’ils ne fassent bientôt une rude guerre ànos exportations.

Nous voudrions nous tromper, mais, pour ne pastromper les fabricants, nous croyons devoir leur fairepart de nos craintes, qui ne sont que trop fondées ettrop voisines de la réalité.

Ce que nous avons vu dans les premiers magasins deParis est une preuve de la dépréciation des indiennes:à la Petite-Jeannette, par exemple, il existe des piles decotonnettes magnifiques qui se vendaient 3 fr. l’aune ily a deux mois, et qu’on vous offre aujourd’hui à moinsd’un franc, tant on est pressé de s’en défaire pour ne plustenir que les mousselines-laines, seul objet demandé.

Dût-on nous appeler le Jérémie des manufactures,nous ne cacherons pas aux fabricants de drap, que leurindustrie est à la veille de subir aussi une métamor-phose extraordinaire. Nous ne pouvons oublier les ma-gnifiques échantillons de drap-feutre , peigné, tondu etlustré, que nous avons manié et essayé en vain de dé-chirer.

L’idée que l’on s’est faite du feutre jusqu’à ce jour,soulèvera bien des incrédulités ; mais, qu’on ne s’v