GAZ DÉLÉTÈRES. 307
et répandait à l'entour l’infection la plus complète et la plus meur-trière.
Je ne m’arrêterai point à décrire l’état de la population des pa-roisses plus voisines des marais et de Viare.ggio , qui n’était alorsqu'un rassemblement d’un petit nombre de cabanes de pêcheurssituées auprès d’une ancienne tour, que l’esprit peu philantro-pique du siècle faisait servir de prison aux condamnés aux ga-lères. Les effets delà cattiva aria sont trop connus pour que nousnous arrêtions à les décrire ici. On les voyait se reproduire an-nuellement dans ces lieux avec toutes leurs horreurs. Les indi-gènes, peu nombreux et constamment attaqués par des maladiesde foie ou de rate, présentaient, pendant toute l’année, le spec-tacle affligeant d’une population d’enfans languissons et d’hommesen convalescence, au milieu de laquelle la vieillesse était incon-nue. Arrivés à la (in de l’été , ils étaient atteints par les maladiesles plus dangereuses. Ceux qui en étaient quittes pour quelquesmois de lièvres intermittentes, qui ne cédaient qu’au quinquinaet.au retour de l’hiver, devaient s’estimer bien heureux. Eu vainle plus grand nombre d’entre eux, en demeurant sur les collines oudans l’intérieur des terres, et ne descendant dans la plaine (piepour les travaux indispensables à la culture, cherchaient-ils àéchapper aux influences encore plus mortelles de la nuit; lalièvre et la mort ne les attendaient pas moins dans leurs misé-rables demeures. Les choses en étaient au point que la culturedes oliviers dont sont couvertes ces riches collines, était livrée,presque entièrement à des mains étrangères, appelées pendantl’hiver à féconder uuc terre dont la fertilité était elle-même unmalheur, puisqu’elle servait d'appât à de nouvelles victimes. Etsi les indigènes eux-mêmes ne pouvaient échapper à ces terriblesfléaux, malheur au passager, au voyageur imprudent qui se se-raient oubliés pendant une nuit entière d’août ou de septembredans ces contrées infectées : la mort était la suite inévitable deleur imprudence.
Tel était l’état du pays avant l’année. 1741, époque où l’assai-nissement partiel de l’air fut tenté. Ou n’a point chargé les cou-leurs ; les registres publics en font foi ; la mémoire en est encorerécente ; les dernières traces en sont à peine effacées; on n’a riendit qui ne soit une vérité reconnue , incontestable. Ce fut en 1714que l'ingénieur de Bologne, Gemignano, proposa d’essayer laséparation des eaux de la mer. En 1730, le célèbre EuslacheMaufrcdi renouvclla la même proposition. En 1736 , BcruardinoZenlriui, mathématicien de la république de Venise , appelé àLucques par son gouvernement, insista sur la nécessité de la cou-