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Chimie / A. Bouchardat
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378 CHIMIE.

applications les plus heureuses à l’art de guérir : tous les jourson emploie pour soulager de cruelles maladies le sulfate de qui-nine , les sels de morphine et la strychnine. C’est à Sertuerner,pharmacien, du Hanovre , qu’appartient l’honneur d’avoir distin-gué le premier cette classe intéressante de corps; mais pour êtrejuste, on doit dire que Derosnes et Seguin avaient, bien avantlui, isolé de l’opium une hase organique; mais ils n’insistèrentpoint suffisamment sur ce caractère d’alcalinité. On compte au-jourd’hui près, de cinquante alcalis végétaux différents ; mais tousn’ont pas été convenablement étudiés, et quelques-uns seulementdoivent nous intéresser spécialement.

C'est dans la classe des bases organiques que se trouvent 1rspoisons végétaux les plus actifs. C’est depuis la découverte desalcaloïdes qu’on a su se rendre compte de la prodigieuse activitéde ces sucs avec lesquels les Indiens empoisonnent leurs flèches.Dans les Indes-Orientales , à Java , à Macassar, à Bornéo , aussibien que dans l’Amcrique-Méridionale, sur les bords de l’Oréno-que, du Cassiquiare et du Rio-Négro , les sauvages préparent mys-térieusement , depuis longues années, avec le suc épaissi ou l’ex-trait de certains végétaux , des poisons fort célèbres qu’ils nom-ment upas-antiar, upas-lieuté, curare. La quantité de poison at-tachée à chaque flèche est infiniment petite, et cependant lesanimaux qui en ressentent la piqûre éprouvent subitement de vio-lentes convulsions, d’affreux vomissements, et meurent au boutde quelques minutes. Leur chair, toutefois , ne contracte aucunepropriété, malfaisante. Avant la soumission de Java , les Hollan-dais étaient obligés de se couvrir d’une espèce de cuirasse pourse préserver des blessures mortelles de ces armes. Ces redouta-bles préparations de l’Asie et du Nouveau-Monde doivent leurénergie à la présence d’alcalis végétaux. Dans Yupas-tieuté il y ade la strychnine ; dans Yupas-antiar il existe une autre base quin’a point encore été isolée à l’état de pureté ; dans le curare derOréuoque, on sait qu’il y a un alcali particulier qui a reçu lenom de curarine. Ce sont de grandes lianes de la même familleque la noix vomique qui fournissent l’ upas-tieutc et le curare;Y upas-antiar est le suc d’un grand et gros arbre de la famille desorties.

Composition. — Tous les alcalis végétaux ont cela de communqu’outre le carbone, l’hydrogène et l’oxygène, ils renferment del’azote. A la distillation sèche, ils donnent, outre les produitsordinaires des matières non azotées, une portion de carbonated’ammoniaque, et ils laissent beaucoup de charbon. — Ils con-tiennent tous 2/3 et 3/1 de leur poids de carbone. La quantité