HISTORIQUE DE LA TEINTURE. 481
leurs, par la différence du prix de la main-d’œuvre. L’industrieeuropéenne les a bientôt surpassés par la correction du dessin, lavariété des nuances et la simplicité des manipulations ; si elle n’apu atteindre à la vivacité de deux ou trois couleurs, il ne fautl’attribuer qu’à la supériorité de quelques substances colorantes,ou peut-être à la longueur même et à la multiplicité des opé-rations.
L’art de la teinture était beaucoup moins étendu et moins per-fectionné chez les anciens que chez les modernes; mais ilsavaient une teinture qui a été ou perdue ou négligée, et qui étaitl’objet du luxe le plus recherché : c’est la pourpre. Ses procédésont plus attiré, l’attention des philosophes, et ils ont été mieuxconservés dans les monuments historiques que ceux des autrescouleurs.
11 y a grande apparence que la découverte s’en fit à Tyr, etquelle contribua beaucoup à l’opulence de cette ville célèbre.
Le suc dont on se servait pour teindre en pourpre était tiré de(leux principales espèces de coquillages ; la plus grande portait lenom de pourpre (murex branclaris), et l’autre était un buccin(purpura capillus).
Le suc colorant des pourpres est contenu dans un vaisseau quise trouve dans leur gosier ; on ne relirait de chaque coquillagequ’une goutte de cette liqueur ; on écrasait les buccins , qui con-tenaient aussi une très-petite quantité d’une liqueur incolore, qui,exposée à la lumière diffuse, se teint d’abord en jaune, puis en ci-tron, puis en vert, puis en rouge, puis, après vingt-quatre heu-res, en un très-beau pourpre extrêmement solide. Les mollusquesqui fournissaient le pourpre abondent dans la Méditerranée, etmême dans la Manche.
La très-petite quantité de liqueur que l’on retirait de chaquecoquillage, et la longueur du procédé de teinture, donnaient à lapourpre un si haut prix, que l’on ne pouvait avoir, du tempsd’Auguste , pour mille deniers (environ 700 francs de notre mon-naie), une livre de laine teinte en pourpre de Tyr.
La pourpre fut presque partout un attribut de la haute nais-sance et des dignités. Elle servait de décoration aux premièresmagistratures de Rome ; mais le luxe, qui fut porté à l’excès danscette capitale du monde, en rendit l’usage commun aux personnesopulentes, jusqu’à ce que les empereurs sc réservassent le droitde la porter ; bientôt elle devint le symbole de leur inaugura-tion. Ils établirent des officiers chargés de surveiller celle tein-ture dans les ateliers où on la préparait pour eux seuls, principa-lement en Phénicie. La peine de mort fut décernée contre tous