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ceux qui auraient l’audace de porter la pourpre , même en la cou-vrant d’une autre teinture.
La punition décernée contre ce bizarre crini c delèze-majeslé futsans doute, la cause qui lit disparaître l'art de teindre en pourpre,d’abord en Occident , cl beaucoup plus tard dans l’Orient, où cctart était encore en vigueur dans le xi c siècle.
L’on retirait du coccus, que nous connaissons sous le nom dekermès, une couleur qui n’était guère moins estimée que la pour-pre, et que l’on alliait quelquefois avec celle-ci. Pline rapportequ’elle était employée pour les vêtements des empereurs. On luidonnait ordinairement le nom d’écarlate, mais on la confondaitquelquefois avec la pourpre.
Il paraît que ce n’est que dans le siècle d’Alexandre et de sessuccesseurs que les Grecs cherchèrent à donner quelque perfec-tion au noir, au bleu, au jaune, au vert.
Si nous négligeons de nous procurer la pourpre, si l’on n’a pascherché à profiter des épreuves que quelques modernes ont faitessur celte couleur, c’est que nous avons acquis des couleurs pinsbelles et beaucoup moins chères.
Nous avons acquis du Nouveau-Monde plusieurs substancestinctoriales, la cochenille, le bois de Brésil , le campêchc, le ro-cou. Nous devons surtout la supériorité de nos teintures à la pré-paration de l’alun (page 281) et à la dissolution d’étain (page259), qui prête tant d’éclat à plusieurs substances colorantes. Lasoie, qui est devenue si commune chez nous, et qui prend descouleurs si vives et si brillantes; le mouvement rapide du com-merce, qui met à la portée du peuple même la jouissance desproductions de la Chine cl des Indes ; l’industrie active, éclairée,aiguisée par la concurrence des différents peuples de l’Europe ,qui cherchent à contrebalancer leurs moyens de puissance; tou-tes ces circonstances mettent un intervalle immense entre le luxele plus familier parmi nous et celui de l’opulence de quelquesparticuliers chez les anciens. Mais avant d’acquérir cette supé-riorité, l’Europe a éprouvé toutes les dévastations de la barbarie.
Au v° siècle, tous les arts s’éteignirent dans l’Occident , lisseconservèrent mieux dans l’Orient, et l’on en tira jusqu’au xn csiècle les objets de luxe que quelques grands pouvaient se pro-curer.
L’on rapporte environ à l’an 1300 la découverte de l’orseillc,que fit par hasard un négociant de Florence . Ayant remarqué quel’urine donnait une belle couleur à une espèce de mousse, il fddes tentatives, et apprit à préparer l’orseillc. Il tint cette décou-verte secrète pendant long-temps. Ses descendants, dont il reste