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Les Dix Livres d'Architecture de Vitruve / corr., trad. nouvellement en François, avec des Notes, des Figures... par M. Perrault ...
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PREFACE .

de sçavoir les préceptes qui font contenus dans cet excellent livre, eii a fait en-treprendre la traduction telle qu'on Ta pu faire avec le secours des plus célébrésInterprètes qui y ont travaillé depuis cent soixante ans, dont les principaux fontJ. Jocundus, César Cisaranus, J. Baptista Caporal!, Guillel. Philander, DanielBarbaro, &; Bernardinus Baldus.

Il y a six vingt ans que deux hommes fçavans, lun dans les belles Lettres, Pau-tre en Architecture, lçavoir J. Martin Secretairedu Cardinal de Lenoncour, LcJ. Goujon Architecte des Rois François 1.8c Henry 11, entreprirent ce mefmeOuvrage auquel ils Rappliquèrent conjointement &C avec beaucoup de foin :Mais le peu de succès que leur travail a eu, fait bien connoistre que pour venirà bout de cette entreprises! faut que la connoiífance des Lettres,&; celle de lAr-*chitecture soient jointes en une mefme personne , S C en un degré qui soit au des-sus du commun. En effet César Cisaranus qui avoit quelque teinture des bellesLettres, comme il paroist par fes Commentaires, Lcqui sétoit auífi adonné à l'é-tude de P Architecture, étant Pun des disciples de Bramante, le premier Archi-tecte des Modernes, n a point réussi dans son ouvrage fur Vitruve, parce quilnétoit que médiocrement pourvu de ces deux qualitez > &c Baldus dit qu il n estestimable, que parcequil étoit laborieux.

Les versions de ces Auteurs ne font point leues par les Architectes à caillede leur obscurité, que l'on ne doit pas tant imputer au langage qui est fort diffè-rent de celuy qui est présentement en usage,quà Fimpostibilité quil y a de faireentendre ce que lon ne comprend pas bien foy-mefme.

Quoyque pour les mefmes raisons on ait sujet de croire que cette nouvelletraduction ne produira un guere meilleur effet, ô£ que le peu déclairciísemencqu'elle peut avoit ajouté à celuy que tant de grands personnages fe font j a inu-tilement efforcez de donner à cet Auteur,soit peu considérable, en comparaisondu grand nombre de diíEcultez qui restent à surmonter ; on ne desespere pasnéanmoins qu il ne puisse estre de quelque utilité , mefme à ceux qui fça-vent la langue Latine ; que plusieurs períbnnes qui pourroient entendre toucce qui est icy expliqué sils sy étoient appliquez comme on a fait, ne soient bien-aises de nestre point obligez de s'en donner la peine.

A légard de ceux qui nont pas l'intelligence du Latin, SC des termes Grecsdont cet ouvrage est remply,Ôcqui font proprement les personnes pour lesquel-les cette traduction est faite, ils trouveront dans la lecture de ce livre une faci-lité qui nest point dans les autres traductions, lapluípart des Interprètes nefe sont point donné la peine dexpliquer les phrases ny les mots difficiles ; maisles ont travestis, 6c feulement, comme lon dit, écorchez, expliquant par exem-ple, angulos jugement are 3 jugumentareli anguhtrahes cverganea , le trahi ever^

f ami j fcapi cardinales , f cap cardmali : dautres ont mis dans le texte mefmeinterprétation ensuite des mots ; ce qui est incommode, parce que lon ne fçaiCsi ces sortes dinterpretations sont du texte, comme en effet il y en a quelque-fois qui en sont, ou si cest le Traducteur qui les a ajoutées: comme quand ontrouve ces mots Doron Gr&ci apellant palmumyttààuits en cette maniéré, ce que lesGrecs disent Doron t est proprement ce que nous apellons un Dour. Car on a sujet dedouter si cest Vitruve qui dit que ce que les Grecs apellentDoro^ est dit Dourpar les Latins, ou si c est ie Traducteur qui ajoute que Doron est ainsi apellécn François Cest pourquoy on a mis ces fortes dexplications à la marge *, dans^quelle on trouve aussi les mots Grecs àC Latins qui ont estre rendus par dau-tres mots François dans le texte.