z S o V I T R U V E
C H. XIV. priment avec íes mains dans un mortier, où ils la meílent avec de 4 la Craye Eretrienne, & Aen font une couleur pareille au Sil Attique.
De la mesme maniéré ils font une couleur de pourpre fort belle, méfiant du lait avec lateinture qu’ils ont tirée du 5 Vaccimum : ôc ceux qui ne veulent pas employer la Chryso- *colle, à cause qu’elle est: trop chere, teignent les draps bleus avec f herbe appellée 6 Luteum , *& font un fort beau Vert : ôc tout cela s’appelle teinture. Auílì quand on n’a pas de ì’indeon peut l’imiter en teignant 7 la Craye Selinufîenne ou T Annulaire, ouïe Verre que les *Grecs appellent Hyalon. Voila tout ce que j’ay pû apprendre des couleurs ôc de leurs pro-prietez, ôc par quel moyen on les peut rendre belles ôc durables pour la Peinture.
J’ay ramassé dans les sept livres precedens tout ce q_ui peut contribuer à la perfction desEdifices, & à les rendre commodes. Je vais expliquer dans le huitième tout ce qui appar-tient aux eaux, & comment on en peut trouver dans les lieux qui en manquent, comment Bil la faut conduire, ôc par quels signes on peut cònnoistre fi elle est bonne.
la violette à cause d’un endroit de Pline où cét Auteur ayantparlé du Sil & de la poudre d'Azur, il dit fraus viola uridadecoBa in aquamfuccoque pcr lintmm exprejso in tretam Ete-triarn. Mais ìl est incertain de quelle sophistication Plineentend parler, & on ne fçauroit dire 6 c est le SU ou 1 Azurque l’on imite avec les violettes ; de mesme qu il n'est pointconstant par le texte de Vitruve quelle est la couleur que l’onimite avec les violettes. Ce qui a trompé Montiosus & Phi-lander, est que de toutes les especes de violettes on n’ap..pelle violette e n France que celle qui tire fur le bleu, d’où lacouleur Violette a pris son nom: mais cét usage est contraireà celuy des Anciens qui joignent toujours niora ou pur p ure aavec viola quand ils .veulent lignifier la violette qui tirefurie bleu, 5c qui n’entendent par viola simplement prise,que la violette jaune appellée autrement Leuçoion , à causede la blancheur des feuilles de fa tige -, comme il se voit dansHorace, quand il dit tinBus viola pallor amantìum.
Pour ce qui est de la couleur dn Sil A trique, ìl n y a gueres«Tapparence qu’elle fût autre que le jaune fi on en croi t Plinequand il dit que les Anciens se íèrvoient du Sil Attique pourdonner iefc jours, & du SU Lydien pour faire les ombres : Carla vérité est que des quatre principales couleurs qui sont larouge, la bleue, la verte.ôe la jaune, la plus claire est la jau-ne, avec laquelle on peut rehausser toutes les autres, &qu iln’y a point de jaune brun, de mesme qu il y a du rougebrun, du verd brun, & du bleu brun, patce que le jaune brunn’est pas proprement du jaune.
4.. La craye Eretrienne. Elle est de deux especes, il yen a une qui est blanche ,& l’autre grisastre selon Pline.
5. Du Vaccinium. La signification de ce mot est une chosofort conuoversée. Tousles Auteurs demeurent d’acotd que
c’est une couleur bleuë fort obscure : Mais la difficulté est desçavoir quelle estoit sa composition. Il y a trois opinions là-deflùs. Les uns croient qu’elle estoit faite avec la fleurd’hya-cinte , parce que Diofcoride dit que les Romains appellentl’hyacmtfie Vacciníum. La seconde opinion est qr.il estoit faitde l’herbe Isatis dont nous venons de parler ; Parce que Plinedit que le p'aecinium croist en Gaule où l’on sçaitque Y Isatisest la meilleure. La troisième est que c’est le fruit du Ligujtrumou Trocsne, à cause que Virgile dit :
jllba liguflra çadunt , vaccinia nìgra leountur.
Mais la vérité est que la fleur d’hyacinthe n’est point propreà faire la teinture , & que le fruit du Troesoe ne teint pointen bleu, mais en rouge obscur ; de sotte qu’il faut dire que Gl’hyacinthe & le fruit de Troesne sont dits P'accinia par méta-phore , à cause de leur couleur obícure Sc a causo dela refiern-blance qu’ils ont avec le vray Vaccinium qui est Y Isatis ouPastel : de mesme que quand on parle de la pourpre des vio-lettes ou des Iris, on n’entend point la véritable pourpre quiest le sang d’un limaçon.
6.Luteum. Cette herbe est appelle Luturn par Virgile & Lu-tea P a r Pline. C’est celle que nous appelions Gaule en Fran-çois. On s’en serr pour teindre en jaune.
7. L a craye Selinusienne. Pline dit qu’elle est de couleurde lait, qu’elle se sondaisémentdans l’eau, & qu’elle sert àsophistiquer l’Inde. Il parle auílì de la couleur appellée Can.didum annulare qui est propre à donner de l’éclar aux pein-tures de la carnation des femmes ; Mais il ne dit point, com-me Vitruve, que ce soit une espece de craye ; il dit seulementque Y Annulare candidum est fait avec la craye 8c les an-neaux de verre du peuple»
L E H U ITIE'ME LIVRE
DE VITRUVE-
PREEACE.
F R E F A C E,
T H A L E s Milesien l’un des sept Sages estimoit que l’eau estoit le Principe de touteschoses ; Heraclite difoit que c’estoit le feu ; les Prestrcs Mages admettaient deux EPrincipes le Feu ôc l’Eau ; Euripide qui avoir esté disciple d’Anaxagore, ôc que les Athé-niens appelloient le Philosophe du Theatre, s’immaginoit que l’Air ôc la Terre rendusseconds par les pluyes qui tombent du Ciel avoient engendré ôc les hommes ôc tousles animaux qui fout au monde , ôc que tout ce qui a esté procréé , retourne & fcchange en ses mefmes principes , lorsque le temps les contraint de íe dissoudre ; enforte que ce qui a esté engendré de l’air, retourne 1 dans l’air ; que rien ne périt, mais *
1 . Dans l’air. Je traduits ainsi Cal* regiones : Parce-que comme il a deja esté remarqué, Vitruve entend d’ordi-naire l’air par Cdum.