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Les Dix Livres d'Architecture de Vitruve / corr., trad. nouvellement en François, avec des Notes, des Figures... par M. Perrault ...
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V I T R U V E

Chap. I. pour parvenir à la connoissance des autres arts, & passer dunè vie sauvage à la politesse & à Ala civilité dont la nature humaine est capable. Cest ce qui a fait que relevant leur courage&: portant plus avant les belles pensées que la variété des sciences leur peut fournir, ils ontconçeu quelque chose au dessus de ces petites cabanes dont ils sestoient premierementservis, & qu ils ont commencé à élever fur des fondemens solides , des murailles de pierre& de brique ; & les couvrantclebois & de tuile , ils ont exécuté quelque chose de plus ac-compli ,- que ce qu ils avoient fait jusipalors. Ensuite leurs réflexions fur les observationsquils avoient faites, & qui les laissoient irrésolus au commencement, les conduisirent à lafin à la connoissance des réglés certaines de la Proportion. Mais aprés avoir remarqué quela nature leur fournissoit toutes fortes de matériaux pour les Edifices , ils ont tellementcultivé par la pratique cet art de bastir, qu ils font porté à une haute perfection, avec le Bsecours des autres arts, ajoutant à la nécessité les ornemens & la politesse pour les delicesde la vie.

Jexpliqueray ces choses le mieux quil me fera possible, rapportant tout ce qui se peutdire des propriétés, commodités & usages des Edifices.

Si quelquun cependant n'approuve pas le rang que jay donné à ce livre, estimant quildevôit estre le premier, je répons quayant formé le dessein décrire de toute lArchite-cture, jay crû devoir parler premierement des differentes connoissances qui font néces-saires à cet art ; quelles font les parties dont il est composé ; &- quelle est son origine ;cest ce que jay fait en exposant quelles doivent estre les qualités dun Architecte. Devient quaprés avoir parlé de ce qui dépend de lart, je traite en ce second livre de la ma-tière que la nature fournit pour les Edifices, & je n'y discours jdus de lorigine de lart de çbastir, mais de celle des bastimens & quels ont esté les progrès par lesquels ils font par-venus à la perfection en laquelle nous le voyons à présent.

Pour revenir donc aux choses qui font nécessaires à laccomplissement dun Edifice,je vais raisonner sur sa matière, expliquant sans obscurité par quelle mixtion de principeselle est produite par la nature , car il ny a point de matériaux, ni de corps quels quilssoient, qui n ayent plusieurs principes, & ce qui appartiennt à la nature, ne peut estre clai-rement expliqué en Physique, si on ne démontré avec de bonnes raisons quelles font lescauses de chaque chose.

Chap. II.

CHAPITRE II.

Des principes de toutes choses selon lopinion des Philosophes.

D

Tenebreux.

T H a L e s est le premier qui a crû que leau estoit le principe de toutes choses. Hera-clite Éphesien, qui à cause de lobscurité de ses écrits fut surnommé Scotinos , disoitquecestoitlefeu.Democrite & son sectateur Epicure vouloient que ce fussent les Ato-mes , que nous apellons des corps qui ne peuvent estre coupez ny divisez. La doctrine desPythagoriciens outre leau & le feu, admettoit encore pour principes lair & la terre. Queíi Democrite na pas donné ces mesmes noms aux principes quil établit, mais les a feule-ment proposez en qualité de corps indivisibles, il semble pourtant qu il ait prétendu signi-fier la mesme chose, car quand il les a établis comme 1 incapables dalteration ôc de cor-*ruption, leur donnant une nature eternelle, infinie & solide ; cest parce quil les considè-rent comme nestant point encore joints les uns aux autres. De forte que puisquil paroist Eque toutes choses font composées & naissent de ces principes, & que ces Atomes font dif-férents en une infinité de choses differentes, je crois qu il est a propos de jparler de leurs di-vers usages, & comment leurs differentes qualités doivent estre considérées dans les Edifi-ces, afinque 1 ceux qui veulent bastir en ayant connoissance , ne soient pas sujets à se*tromper, mais quils puissent faire un bon choix de tout ce qui leur peut estre nécessaire.

ï. Incapables dalteration. Il me semble quilnest pas difficile de voir quil faut lire iniivilua cor p or a dif-jmSla non Uduntur au lieu de non legnntur , comme il y adans tous les exemplaires ; & que le sens est que les corpsne font capables de corruption ni dalteratìon que parcequ'ils font composez.

i. A f i n que ceux qui veulent bastir. deuxqui veulent faire palier Vitruve pour un bon homme ,demysçavant , qui dit, à propos ou non , tout ce quil sçait, ouquil ne sçait pas , allèguent ce chapitre dans lequel il pro-met beaucoup plus de Philosophie quil n'en sçait & quilnen est besoin pour connoistre & pour choisir les matériaux

EXPLICATION