Z8 V ï T R U V E
Chap. V. corps si dur Sc si solide, il faut considérer que les Pierres de mefme que toutes les autres Achoses, font compoíées des Elemens, & que ce qui a plusd’air, est plus tendre, ce quiaplus d'eau, est plus tenace, ce qui a plus de terre , est plus dur, Sc ce qui a plus de feu , estplus fragile. Il faut encore remarquer que si on piloit ces Pierres dont on fait la Chaux fansestre cuites , Sc qu’onmeílast cette poudre avec du Sable, on n’en pourroit jamais rienfaire de propre à lier de la Maçonnerie : Mais que si l'on cuit tellement les Pierres que parla force du feu elles perdent leur premiere solidité, elles deviennent poreuses Sc percées deplusieurs ouvertures, enforte que leur humidité naturelle estant épuisée , Sc l’air quellescontenoient fe retirant pour n’y laisser 1 qu’une chaleur cachée ; il est aisé de concevoir *que lorsqu elles viennent à estre plongées dans l’eau avant que cette chaleur soit dissipée,elles doivent acquérir une nouvelle force Sc s’échausser par lé moyen de l’humidité qui pé-nétré leurs cavitez, Sc qui en les rcfroidisiant pousse dehors la chaleur qu’elles enfermoient: Bc est ce qui fait que les Pierres à Chaux ne font pas de mefme poids quand on les tire dufourneau, qu’elles estoient quand on les y a mises , Sc que si on les pesé aprés qu’elles fontcuites, on les trouvera diminuées de la troisième partie de leur poids, quoiqu’elles ayentconservé leur premiere grandeur. Ainsi les ouvertures qu’elles ont en toutes leurs parties,font cause qu’elles s’attachent avec le fable quand on les meste ensemble, Sc qu’en se sé-chant , elles joignent Sc lient fermement les pierres pour faire une masse fort solide.
î. Une chaleur cache’e. Il y a grande apparenceque Vitruve n entend point par cette chaleur cachée, la dis-position que les corps peuvent avoir à s’eschaufscr , dontil a esté parlé dans la note precedente , mais une chaleur quiprocede d une substance etherée qui entre dans la compo-sition de tous les corps , Lc que Ion appelle communémentl'Element du feu-, comme si le feu estoit autre chose que la mo-dification des corps enflamez, de mefme que le mouvement,la couleur, la figure, Cont la modification des corps qui chan-gent de place , ou qui réfléchissent la lumière, ou qui font di-versement terminez dans leurs différentes parties. Car quellenécessité de supposer une chose aussi peu intelligible qu estce que Ton dit sur ce sujet? S ça voir qu’il y a des corpuscu-les etherez ou ignez , cachez dans tous les autres corps,qui n agissent pour brusler que lorsqu estant joints en-semble , ils font assez forts pour produire cette action ;que le choc qui enflame les corps produit cette jonctiondes corpuscules etherez, & qu’un corps enflâmé en allumeun autre, parce qu’il procure cette jonction des corpusculesignez du corps qu’il allume. Du moins il me semble queles mesincs suppositions devroient estre faites avec autantde nécessité dans la pluspart des autres modifications descorps, & qu’on devroit dire que le cours de l’air dans le ventdoit estre attribué à des parties venteuses cachées dams l’air,qui le laissent en repos pendant qu’elles y font dispersées, &qui ['agitent lorfqu’elles sont réunies : Et enfin que si le ventn est point un corps, mais le mouvement d’un corps ; le feu
n’est point aussi un corps , mais un certain mouvement desparticules du corps qui s’enflâme ; de mefme que la fusionde la glace n’est point un corps , mais un certain mouve-ment des particules de la glace qui fe fond. Je ne voy pointnon plus qu il soit nécessaire de supposer cette substanceetherée pour donner le mouvement & la ténuité ou sub- (Jtilité qui se trouvent dans les particules des corps enfla-mez , puisqu’il est aisé de concevoir que ces qualitez quisont dans les corps enflamez peuvent leur estre communi-quées par les autres corps qui les allument -, & que le pre-mier principe de l'inflammation qui dépend du choc de deuxcorps solides, ne provient point necessairement d’une sub-stance etherée ; la soudaineté du mouvement y estant in-troduite par le choc des corps qui suppose un mouvementtout-à-fait indépendant de ceiuy de la substance etherée, telqu’est ceiuy de la main ou du ressort qui fait que le caillou& le feu se choquent-& la subtilité que les corps enflammezreçoivent dans leurs particules n’en dépendant point aussi,par la raison que le choc est capable de froisser les corps,jusqu a faire la soparation des particules les unes des autrestelles qu’il est nécessaire pour les rendre tres-subtiles : demaniéré qu’estant ainsi rendues subtiles, & agitées d’un mou. £)vernent tres-violent , elles deviennent capables de s’in-sinuer entre les particules des corps plus voisins & les di-visant de mefme qu’elles ont esté divisées, les mettre aussien estât de diviser les particules d’un autre corps : & c’estce qui fait que le feu peut agir à l’infiny.
Chap. VI.
chapitre VI.
De U PoZiZjoUne , & comme il s en faut servir.
I L y a une efpece de poudre à laquelle la nature a donné une vertu admirable : elle fe trou-ve au païs de Bayes Sc dans les terres qui font autour du montVefuve. Cette poudreme siée avec la Chaux 1 Sc les Pierres rend la Maçonnerie tellement ferme, que non feule-ment dans les Edifices ordinaires, mais mefme au fond de la mer, elle fait corps Sc s’en-durcit merveilleusement. Ceux qui ont cherché la raison pourquoy cela fe fait ainsi, ontremarqué que fous ces montagnes Sc 1 dans tout le territoire il y a quantité de fontaines *
i. Et les r i e rres. J. Martin s’est trompé quand il a
crû que Camentum íiguifioic icy du ciment, qui est propre-ment une poudre deTuilaux battus, ou généralement toutesorte de mortier , ainsi que l’a entendu l'Auteur de la tradu-ction latine de la Bible qu on appelle la Vulgate , qui ditque ceux qui bâtirent la ville de Babylone , fe servirent deBitume pro camento. La vérité est néanmoins que s’il y avoitquelque exemple qui 6st voir que du temps de Vitruve oneust ainsi appelle les Tuileaux pilez, il semblerait qu’il y
auroit quelque raison de croire que Vitruve en a voulu icyparler , quand il fait un mélange de Pozzolane , de Chaux& de C&rnentnm. Car il a dit au chapitre preccdent que lemortier de Chaux & de Sable est meilleur , si on y niellequelque peu de Tuileaux battus.
2 . Dans tout le t f. r r ito i r e. J’ay suivy la cor-rection de quelques Exemplaires, où il y a , qitod sub bis mon-tibus lK- terra , au lieu de & terra , ainsi qu’il sc lit dans tousles autres.
M 2