L I V R E 11. n
A tous les autres grands Temples. Ces arbres naissent en Candie 11 principalement, comme Chap.
* aussi en Afrique & en quelques endroits de la Syrie.
* 11 Le Larix qui est un arbre qui ne fe voit guere que fur les bords du Po &c prés des riva-ges de la mer Adriatique,a aussi une amertume qui empefche que la vermoulure & les ventsne luy nuisent : Mais de plus il a cela de particulier qu’il ne s’enflâme point, &c il faut pourle brûler quon le mette dans un feu d’autre bois, de mesme que les pierres quon cuit dansun fourneau pour faire de la Chaux, & encore ne peut-il jetter aucune flamme, ny faire decharbon ; mais il faut un long-temps pour le consumer ; car il entre peu de feu & d’air dansfa composition, dans laquelle l’eau & la terre dominent, ce qui rend son bois si solide & siferré, que n'ayant point de pores qui puissent estre penetrez par le feu, il luy résisté & n'enest endommagé qu à la longueur du temps : il est d’ailleurs si pesant qu’il ne flotte point fur
B Peau ; pour le faire venir, il le faut porter dans des barreaux, ou fur des radeaux faits avecdu Sapin. Cette propriété particulière a esté découverte par une rencontre qu il est à pro-pos de faire fçavoir.
Jules César ayant campé proche des Alpes, & fait commander dans tous les lieux cil-convoisins de fournir les choses nécessaires pour la subsistance de son armée, il fe trouvadans un fort Château appellé Larignum, des gens assez hardis pour refuser de luy obéir, furl’opinion qu ils avoient que les avantages du lieu rendoient leur place imprenable. Césarayantfaitapprocherfestroup.es trouva devant la porte du Château une tour faite de cebois mis en travers Pun fur l’autre en forme d’un buícher d’une telle hauteur, que ceux quiestoient dedans pouvoient aisément avec des leviers & des pierres en empefcner Rappro-che. Comme on vit que ceux qui défendoient la tour, n’avoient point d’autres armes que
C des leviers, qui ne pouvoient pas estre lancez bien loin â cause de leur pesanteur, on or-donna à ceux qui estoient commandez pour faire les approches , de jetter au pied de latour quantité de fagots, & d'y mettre le feu ; ce qui fut incontinent exécuté, & la flammequi l’environna & qui s’éleva fort haut, sit croire que toute la tour estoit consumée ; Maisle feu s’estant éteint de luy-mefme, César fut bien étonné de voir la tourentiere: Cela lesit refoudre â faire une tranchée tout au tour hors la portée des armes des assiégez, quicraignans d’estre pris de force, fe rendirent : &í estant enquis quel estoit ce bois qui ne pou-volt estre brûlé, ils firent voir ces fortes d’arbres qui font fort communs dans le pais, & quiavoient fait appeller ce Chateau Larignum, parce que le nom de ce bois est Larix , qu onfait venir fur le Po à Ravenne, â Pezano, à Fano, à Ancone Sc aux autres villes d’alentour.
Il feroit fort â souhaiter qu on en pût aisément apporter à Rome, où cette matière feroit
D d une grande utilité pour tous les bastimens, ou du moins pour les planchers qui font fousles tuiles aux entablemens des maisons situées furies cxtremitez des Ifles elles font ; carcela empefcheroit que le feu dans les embraíemens ne passast d’une Isle a l’autre, ce boisn’estant point capable d’estre endommagé des fiâmes ny des charbons qui tombent, ny defaire mesme du charbon.
Ces arbres ont les feuilles semblables à celles du Pin : Le bois a le fil long, &: est austìbon pour la menuiserie que le Sapin. U a une résiné liquide semblable au miel Attique,qui est propre â guérir les phtisies.
Je pense avoir traité assez amplement des eípeces & des proprietez naturelles des arbres& de leurs principes. Il reste à expliquer pour quelle raison le Sapin quon appelle â Rome
en ce qui regarde la description du Cedre : carDioscoride luy_ donne du fruit semblable à celuy du Cyprès, & Vitruve ditqu’il a des feuilles comme le Cyprès , cependant ny l’un ny1 autre ne fe trouve véritable. Il n’y a que [‘Oxycedrus Lyciaqui ait des feuilles en quelque façon semblables à celles duCyprès : mais il y a grande apparence que le Cedre dontVitruve parle icy , est; le grand Cedre appellé Çtdrelato ouCedre Phoenicien qui est celuy qui sert à bastir, dont lesfeuilles n’ont aucun rapport avec celles du Cyprès , estantbeaucoup plus semblables à celles de Genievre.
ru. Principalement. Je lis nafcuntur arbores ha ma-x>rn'e in Creta & Syriœ regionibus suivant mon manusctipt,^ eu de nafcmtur maxima &c. Philander a corrigé uneailte de cette mesme nature à la fin de ce chapitre , où lesexemplaires ont certa tabula au lieu de certe tabula &c.ii. Le, Larix. Le doute quon peut avoir raisonnable-
ment si le Larix de Vitruve , de Pline &: de Palladius est lenostre qui s appelle en François Mclez.e , m’a empesclié dechanger son nom en Latin qui est devenu aster François.Car la principale qualité du Larix de ces trois Auteurs’quiest dc ne pouvoir brûler, manque à nostre Meleze qui brûlefort bien 6c fait de bon charbon , ainsi que Scaliger allure,& dont on fe sert pour fondre les mines de fer aux monta-gnes de Trente & d Ananie : & mesme on ne brûle pointd’autre bois dans tout le pais d’alentour à ce que dit Ma-thiole. Ceux qui croyent que le Larix des Anciens est nostreMelesc, s’arrestent davantage à la description que Vitruvefait de l’arbre & dc ses proprietez pour la gucriíon des ma-ladies , qu’à celle d’estre incombustible , qui doit pàslèr pourfabuleuse non seulement dans le Larix , mais en tonte au-tre forte de bois qui est résineux & odorant, de mesme queVitruve dit qu est son Larix.
O