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RÉVOLUTION FRANÇAISE.
par la masse à la violence, et pouvait lutter àchance égale. On fit des adresses en tout sens.Quelques jacobins réunis dans les cafés, vers lesquartiers populeux de Saint-Denis , du Temple, deSaint-Antoine, tinrent des propos comme ilsavaient coutume d’en tenir. Us menacèrent d’allerattaquer au Palais-Royal, aux spectacles, à la con-vention meme, les nouveaux conspirateurs. Deleur côté, les jeunes gens faisaient un bruit épou-vantable dans le parterre des théâtres. Ils se pro-mirent de faire un outrage sensible aux jacobins.Le buste de Marat était dans tous les lieux publics,et particulièrement dans les salles de spectacles.Au théâtre Feydeau , des jeunes gens s’élancèrentau balcon, et, montant sur les épaules les uns desautres, renversèrent le buste du saint, le brisèrentet le remplacèrent aussitôt par celui de Rousseau.La police fit de vains efforts pour empêcher cettescène. Des applaudissements universels couvrirentl’action de ces jeunes gens. Des couronnes furentjetées sur le théâtre pour en couronner le bustede Rousseau; des vers, préparés pour cette cir-constance, furent débités; on cria : A bas les ter-roristes ! à bas Marat ! à bas ce monstre san-guinaire qui demandait trois cent mille têtes !Vive l'auteur d’Émile, du Contrat social, de lanouvelle Ilélo'ise ! Cette scène se répéta le lende-main dans les spectacles et dans tous les lieuxpublics. On se précipita dans les halles, on bar-bouilla de sang le buste de Marat , et on le préci-pita ensuite dans la boue. Des enfants firent dansle quartier Montmartre une procession, et aprèsavoir porté un buste de Marat jusqu’au bord d’unégout, l’y précipitèrent. L’opinion se prononça avecune violence extrême ; la haine et le dégoût deMarat étaient dans tous les cœurs, même chez laplupart des montagnards, car aucun d’eux n’avaitpu suivre dans ses écarts la pensée de ce maniaqueaudacieux. Mais le nom de Marat étant consacré,le poignard de Corday lui ayant valu une espècede culte, on craignait de toucher à scs autels commeà ceux de la liberté elle-même. On a vu que, pen-dant les dernières sans-culottides, c’est-à-dire qua-tre mois auparavant, il avait été mis au Panthéon à la place de Mirabeau. Les comités s’empressè-rent d accueillir ce signal et proposèrent à la con-vention de décréter qu’aucun individu ne pourraitêtre porté au Panthéon avant un délai de vingtans, et que le buste ou portrait d’aucun citoyen nepourrait être exposé dans les lieux publics. Onajouta que tout decret contraire était rapporté. En
conséquence, Marat, introduit au Panthéon , enfut chassé seulement après quatre mois. Telle estl’instabilité des révolutions!... on décerne, on re-tire l’immortalité; et l’impopularité menace leschefs de parti au delà même de la mort ! Dès cetinstant commença la longue infamie qui a pour-suivi Marat, et qu’il a partagée avec Robespierre .Tous deux, divinisés naguère par le fanatisme,jugés aujourd’hui par la douleur, furent voués «une longue exécration.
Les jacobins, irrités de cet outrage fait à unedes plus grandes renommées révolutionnaires, s’as-semblèrent au faubourg Saint-Antoine, et jurèrentde venger la mémoire de Marat . Ils prirent soubuste, le portèrent en triomphe dans tous les quar-tiers qu’ils dominaient, et armés jusqu’aux dents,menacèrent d’égorger quiconque voudrait troublercette fête sinistre. Les jeunes gens avaient envie
de fondre sur ce cortège; ils s’encourageaient a
l’attaquer, et une bataille s’en serait suivie infail-liblement, si les comités n’avaient fait fermer I eclub des Quinze-Yingls, défendu les processionsde ce genre et dispersé les attroupements. A l aséance du 20 nivôse (9 janvier), les bustes <1 cMarat et de Lepelletier furent enlevés de la con-vention, ainsi que les deux belles peintures danslesquelles David les avait représentés mourants-Les tribunes, qui étaient partagées, firent éclate 1 'des cris contraires : les unes applaudirent, I e6autres poussèrent d’affreux murmures. Dans ceSdernières se trouvaient de ces femmes qu’on apl ,e "lait furies de guillotine : on les fit sortir. L as "semblée applaudit, et la Montagne, morne et sl "lencieuse, en voyant enlever ces célèbres tableau*’crut voir s’anéantir la révolution et la républiff u f)
La convention venait d’enlever aux deux par tlhune occasion d’en venir aux mains ; mais la l utttn’était retardée que de quelques jours. Les«ress entiments étaient si profonds, et les souffrances dj- 1peuple si grandes, qu’on devait s’attendre à q ULqu’une de ces scènes violentes qui avaient ensa”glanté la révolution. Dans l’incertitude de ce <I Uallait arriver, on discutait toutes les questionsfaisait naître la situation commerciale et financi® 1 .^du pays; questions malheureuses, qu’on P rCI1et reprenait à chaque instant, pour les traite 1les résoudre d’une manière différente, suivant
changements qu’avaient subis les idées.
Deux mois auparavant, on avait modifié I eximum, en rendant le prix des grains varia J ■suivant les localités; on avait modifié les réqi |lS