Band 
Tome second.
Seite
59
JPEG-Download
 

HISTOIRE DE NAPOLÉON. — 1808. 59

d’Alexandre, de cette représentation d’un partage de l’Europe et peut-être du monde en deux empires, dont l’un s’appuierait sur Gibraltar ,l’autre sur les Dardanelles ; il fait partir le baron de Vincent, porteurd’une lettre pour Napoléon , datée de Presbourg du 18 septembre, etconçue en ces tenues :

« Monsieur mon frère ,

« Mon ambassadeur à Paris m’apprend que V. M. I. se rend àErfurt,où elle se rencontrera avec l’empereur Alexandre. Je saisis avec em-pressement l’occasion qui la rapproche de ma frontière pour lui re-nouveler le témoignage de l’amitié et de la haute estime que je lui aivouées ; et j’envoie auprès d’elle mon lieutenant général, le baron deVincent, pour vous porter l’assurance de ces sentiments invariables.Je me flatte que V. M. n’a jamais cessé d’en être convaincue, et quesi de fausses représentations, qu’on avait répandues sur des institu-tions intérieures organiques que j’ai établies dans ma monarchie, luiont laissé pendant un moment des doutes sur la persévérance de mesintentions, les explications que le comte de Metternich a présentées àce sujet à ses ministres les auront entièrement dissipés. Le baron deVincent se trouve à même de confirmer à V. M. ces détails, et d’y ajou-ter tous les éclaircissements qu’elle pourra désirer....»

Le baron de Vincent arriva à Erfurt plusieurs jours avant Napoléon .L’empressement de l’empereur François, dans cette circonstance, si-gnalait son déplaisir de n’avoir pas été appelé à l’entrevue d’Erfurt . Ledéplaisir était d’autant plus vif, que cette exclusion, suffisamment mo-tivée par l’attitude hostile que l’Autriche a déployée depuis le voyagede Bayonne, prouvait fortement à ce prince que le sort de l’Europe devait se régler sans lui. Mais la destinée fera sortir bientôt de cettegrande injure un contrat bien inattendu de Napoléon lui-même, un bende famille, autre piège que la fortune, deux années après l’invasion duPortugal et le traité de Bayonne , lui aura tendu sous les lauriers deWagram!

Un théâtre français était établi à Erfurt : rien de plus solennel queles représentations auxquelles assistaient journellement les deux empe-reurs , les souverains de l’Allemagne , leurs ministres, leurs courtisans.