HISTOIRE DE NAPOLÉON. — 1809, 1810. 157
Mais Louis se refusa un peu tard à croire qu’il n’était roi de Hollandeque par la grâce de la France , et à se réduire au rôle d’administrateurresponsable d’une succursale de l’empire. D’ailleurs, uniquement frappédes besoins présents du commerce, il ne comprit pas peut-être lagrande question du sort futur des Hollandais, et il en déclina les con-ditions inévitables. Dans la position difficile où le mettaient ses prin-cipes et sa manière de voir, Louis n’avait plus pour lui d’autre moyende conservation que de tenter auprès de l’Angleterre, au nom des inté-rêts anciens des deux pays, le grand œuvre de la paix maritime, oul’allégement au moins des ordres du conseil du 11 novembre 1807. Lepeuple hollandais, qui calcule bien, consulté sur le choix entre sonindépendance au prix de la fidélité au blocus continental et sa réunionà la France , avait répondu que des relations avec quarante millions decompatriotes étaient préférables à l’état de nation sans commerce avecl’Angleterre. En conséquence, Napoléon autorisa son frère, à Paris , àchai'ger ses ministres d’envoyer en leur nom au marquis de Wellesleyun agent accrédité; ils confièrent cette mission à M. Labouchère, richenégociant : on ne pouvait mieux choisir. Mais le ministre anglais refusala négociation. Alors Napoléon mit à exécution le projet qu’il tenait enréserve : une armée de vingt mille hommes, sous le commandement dumaréchal Oudinot, entra dans le royaume pour y faire observer leblocus continental. Ce fut le dernier avis que reçut le roi; il abdiquale 3 juillet en faveur de son fils. Napoléon rejeta cette abdication, et,le 9 juillet, un décret impérial réunit la Hollande à l’empire. Napoléon commençait à se désintéresser des royautés de ses frères, qui avaienteu une place trop forte dans le système de sa grandeur, mais qui n’enconservaient aucune dans celui de sa politique. L’Espagne , comme laHollande, faisait déjà partie des compensations pour la paix générale.Immédiatement après son abdication, le roi Louis quitta secrètement laHollande et prit la route de Tœplitz. Le 22 juillet, le Moniteur publiacette allocution de Napoléon au grand-duc de Berg, que le roi Louisavait désigné pour son successeur : « Venez, mon fils, je serai votrepère : vous n’y perdrez rien. La conduite de votre père afflige moncœur ; sa maladie seule peut l’expliquer. Quand vous serez grand, vouspayerez sa dette et la vôtre. N’oubliez jamais, dans quelque positionque vous placent ma politique et l’intérêt de mon empire, que vos pre-miers devoirs sont envers moi, vos seconds envers la France : tous vos autres