HISTOIRE DE NAPOLÉON. — 1809, 1810. 159
qui n’avait cessé, lors des premiers troubles de la révolution, de s’oc-cuper des moyens de sauver le roi, la reine et leurs enfants, et quiavait fait faire la voiture dans laquelle la famille royale partit pourVerdun. Pendant la détention de Louis XVI et de Marie-Antoinette auTemple, il s’était courageusement exposé à mille périls pour les servir.Il était de la destinée du comte de Fersen de périr victime de la fureurpopulaire. L’accusation d’empoisonnement, que la malignité rendaitcommune à sa sœur, la comtesse Piper, fut loin d’être prouvée. Cepen-dant la vieillesse du roi et l’intérêt de la Suède exigeaient impérieuse-ment le choix d’un prince royal. La reconnaissance de trois officierssuédois envers un général français pourvut à cette nécessité de l’état.Dans la guerre de 1807, ces trois officiers, faits prisonniers à Stralsund ,reçurent du général en chef Bernadotte le meilleur traitement. Il adou-cit par des services particuliers leur longue captivité ; il obtint mêmepour eux en France la résidence de la ville qu’ils désiraient habiter jus-qu’à leur échange. Son affection les avait suivis dans leur nouveauséjour; et quand il leur fut permis de revoir leur pays, ils allèrentremercier le maréchal de tous les actes de bienveillance dont ils gar-daient le profond souvenir. A la mort du prince d’Augustembourg, ilsse le rappelèrent plus vivement que jamais, et formèrent ensemble leprojet de témoigner leur gratitude à Bernadotte d’une manière écla-tante, en le faisant monter sur le trône de Suède . Ces militaires tirèrenthabilement parti, auprès des membres des états, de l’influence quepouvait leur donner leur position sociale ; ils n’eurent pas de peine àdémontrer que, dans ce siècle de guerre et de tumulte politique, leroyaume, de toutes parts circonvenu par des alliés ou des voisins jalouxet puissants, avait besoin d’un prince guerrier qui sût commander lerespect de sa couronne. Les libertés suédoises trouveraient d’ailleursleur garantie dans le choix spontané d’un homme qui, sans droits etsans aïeux, appelé à l'honneur de siéger parmi les souverains, se re-garderait comme invinciblement engagé envers le nation qui lui auraitconfié sa destinée. Ces considérations réussirent; elles balancèrent déjàsi fortement les opinions, partagées entre trois princes de race royale,que ces officiers furent investis des pouvoirs nécessaires pour aller àParis offrir le sceptre de la Suède au prince de Ponte-Corvo, et deman-der l’agrément de l’empereur Napoléon . Les prétendants étaient le filsdu dernier roi Gustave IY, bien innocent sans doute des torts de son