160 HISTOIRE DE NAPOLÉON . — 1809, 1810.père, un frère du prince d’Augustembourg lui-mème et le roi de Dane-mark : ce dernier choix eût sauvé la France en 1813, par la puissantediversion des armées de la Suède et du Danemark , ou il eût hâté larupture de la Russie , à qui la Grande-Bretagne, justement alarmée dela réunion de ces deux couronnes sur la tète d’un prince ami de laFrance , aurait mis deux ans plus tôt les armes à la main. Dans ce der-nier cas, des événements d’une tout autre nature, avec des résultatsbien différents, auraient occupé les annales des années 1812, 1813et 1814; mais Bernadotte accepta les offres de la Suède .
Napoléon , dans sa pensée, destinait, dit-on, cette couronne auprince Eugène, à qui il croyait devoir un dédommagement pour celled’Italie . On assura, dans le temps, que le prince, soit par la répugnancequ’il éprouvait à changer de religion, soit par attachement pour l’Italie ,refusa cette proposition. Bernadotte ayant été choisi, Napoléon trouvadans ce choix, si imprévu de tous deux, encore un gage de la faveurde la fortune, qui faisait monter un de ses maréchaux sur un trône duNord, quand un autre occupait déjà un trône du Midi. Aussi peusa-t-ilqu’il était de sa gloire d’approuver les états, et de donner au nouveauprince royal les moyens de paraître d’une manière convenable dans lerang qui l’attendait. Mais le consentement qu’il accorda à l’élection duprince de Ponte-Corvo, son ennemi depuis douze ans, fit plus d’hon-neur à sa générosité qu’à sa prudence ; car il ne pouvait croire que Ber-nadotte lui serait plus soumis que ne l’avait été le roi de Hollande. Il étaità craindre qu’une fois sur le trône, n’ayant pu prétendre à être le rivalde Napoléon comme homme de guerre, Bernadotte ne fût tenté de lutteravec lui comme souverain. La volonté unanime des états proclama, dansleur séance du 21 août, le maréchal prince de Ponte-Corvo, princeroyal de Suède. Le roi Charles XIII l’adopta aussitôt pour fils. Le1 er novembre, Bernadotte , qui avait embrassé la religion réformée,prêta serment en qualité de prince de la couronne de Suède . Le 15, legouvernement suédois déclara son adhésion au système continental. Onverra que les déclarations des cours du Nord, à l’exception du fidèleDanemark , n’étaient que les manifestes de la grande trêve qui couvraitles apprêts d’une guerre nouvelle.
L’affaire de la Hollande n’avait pas seule occupé les conseils de Na-poléon pendant le séjour des rois de la famille impériale à Paris ; il futquestion aussi, entre l’Empereur et Joachim, d’une expédition en Sicile