HISTOIRE DE NAPOLÉON. — 1811. 175
proposa d’établir des évêchés à Bar-le-Duc , à Rotterdam, à Hambourg ,à Brême; d’instituer les évêques nommés; de retourner à Rome s’ilvoulait prêter le serment prescrit par le concordat, sinon de demeurerà Avignon , où il exercerait la souveraineté spirituelle; d’avoir à sacour des résidents des puissances chrétiennes ; enfin, de renoncer à lasouveraineté temporelle de Rome . Le pape était aussi informé de laprochaine convocation d’un concile national. Pie VII , par sa note du19 mai, accepta presque toutes ces propositions, et le concile s’assem-bla à Paris le 9 juin suivant. Il était composé de cent évêques français ,allemands et italiens : ce concile se reconnut compétent pour statuersur l’institution des évêques. En vertu du concordat, le pape devaitordonner cette institution, et, sur son refus, celle du métropolitaindevenait suffisante : tel fut le décret rendu le 5 août par le concile.Le 20 septembre, un bref du pape, daté de Savone , confirma ce dé-cret ; toutefois, la terre l’emportera encore sur le ciel, la cour ponti-ficale refusera ce qu’elle a solennellement promis, et jusqu’à la fin de1819, cinq ans après la chute de Napoléon , et pendant les cinq pre-mières années de la restauration, la France presque sans évêques,pourra croire que son roi n’est plus le fils aîné de l’Église. Mais noussommes en 1811 : Napoléon, au faîte de la gloire, règne sur la France ;jaloux de rendre la majesté impériale digne de sa nation au dix-neuvièmesiècle, le père de l’arrière petit-fils de Marie-Thérèse aura satisfait auxdroits de sa couronne, aux vieilles libertés de l’Eglise gallicane, auxlois de son concordat, et à cette étiquette spirituelle qui consacre lesrelations entre les trônes catholiques et la chaire de saint Pierre.
Le discours par lequel Napoléon ouvrit le corps législatif, le 16 juin ,exprima nettement sa pensée.
« Les affaires de la religion ont été trop souvent mêlées et sacrifiéesaux intérêts d’un état du troisième ordre. Si la moitié de l’Europe s’estséparée de l’Église de Rome , on peut l’attribuer spécialement à la con-tradiction qui n’a cessé d’exister entre les vérités et les principes de lareligion , qui sont pour tout l’univers, et des prétentions et des intérêtsqui ne regardent qu’un très-petit coin de l’Italie . J’ai mis fin à ce scan-dale pour toujours. J’ai réuni Rome à l’empire. J’ai accordé des palaisaux papes à Rome et à Paris . S’ils ont à cœur les intérêts de la religion,ils viendront séjourner souvent au centre des affaires de la chré-tienté.... *