170 HISTOIRE DE NAPOLÉON . — 1811.
Napoléon aborda moins franchement les secrets d’une nouvelle con-juration britannique ; mais il laissait toutefois connaître qu’il les avaitpénétrés : « .... Les Anglais mettent en jeu toutes les passions. Tantôtils supposent à la France tous les projets qui peuvent alarmer les autrespuissances.... Tantôt ils font un appel à l’amour propre des nationspour exciter leur jalousie.... C’est la guerre sur toutes les parties ducontinent qui peut seule assurer leur prospérité. Je ne veux rien quine soit dans les traités que j’ai conclus.... Je me flatte que (a paix ducontinent ne sera point troublée. »
Puis , en parlant de la guerre d’Espagne :
« .... L’Angleterre, dit-il, s’est trouvée contrainte à eu changer lanature, et d’auxiliaire elle est devenue partie principale.... Cette luttecontre Carthage , qui paraissait devoir se décider sur le champ de ba-taille de l’Océan, ou au delà des mers, le sera donc désormais dans lesplaines des Espagnols ! Lorsque l’Angleterre sera épuisée,'qu’elle auraenfin ressenti les maux qu’avec tant de cruauté elle verse depuis vingtans sur le continent, que la moitié de ses familles seront couvertes duvoile funèbre, un coup de tonnerre mettra fin aux affaires de la Pé-ninsule , aux desseins de ses armées , et vengera l’Europe et l’Asie enterminant cette seconde guerre punique. »
Le désordre énergique de ces dernières paroles exprimait la passiondont Napoléon était dominé, et avertissait en même temps l’Angleterredu péril qui la menaçait si elle ne parvenait pas à détruire son ennemi.Aussi se prépara-t-elle à terminer par un coup de tonnerre, non lesaffaires de la Péninsule , mais la lutte de son implacable haine ; carelle sentit qu’il n’y avait plus pour elle de salut que dans la guerre.
Trois mois après, le 19 septembre, Napoléon est parti pour allerrevoir ses nouvelles provinces de Hollande et examiner lui-même lesimmenses travaux qu’il a ordonnés, à son dernier voyage, dans lesplaces fortes, dans les ports, dans les chantiers. Le 4 octobre, il està Anvers , et peut admirer les miracles de ses créations. Sur la rivegauche de l’Escaut, où il n’existait il y a deux ans qu’une redoute,s’élève une ville de deux mille toises de développement ; vingt et un vais-seaux de guerre, dont huit à trois ponts, sont en construction; on acreusé un bassin ayant vingt-six pieds d’eau, capable de contenirquatre-vingt-dix vaisseaux de ligne. L’Escaut, désormais praticablepour les plus gros bâtiments de toute espèce, depuis son embouchure