48i HISTOIRE DE NAPOLÉON. — 1812.
tiques, donne l'ordre au comte de Narbonne, son aide de camp, departir pour Saint-Pétersbourg . Le prétexte de sa mission est de com-muniquer au cabinet russe les pièces de la correspondance anglaise;mais le voyage du nouvel envoyé a pour but véritable de connaître lapensée dernière du czar. Peu de jours après, le 30, les négociationssuivies à Paris depuis dix-huit mois par le duc de Bassano avec leprince Kourakin échouent devant l’ultimatum dans lequel persiste cetambassadeur, qui demande plusieurs fois ses passe-ports, et annonce, le11 mai, qu’il se retire à la campagne en les attendant.
Cependant, au milieu des soins et des occupations de toute espèce oùles anxiétés de ces discussions orageuses avec la Russie et celles de laguerre terrible dont il était menacé entraînaient Napoléon , il donnait,le 29 janvier 1812, à son empire, un ministère du commerce et desmanufactures, institution qui semblait être le gage d’un état de paixassuré. L’immense étendue des côtes de l’empire, et les efforts prodi-gieux résultant des encouragements accordés à l’industrie, avaient né-cessité cette création qui était en même temps une grande dispositionauxiliaire destinée à resserrer l’interdit jeté sur tous les ports qui obéis-saient à la France . Le blocus contre l’Angleterre était, comme je l’ai ditplusieurs fois, l’unique loi de la politique de l’empire français. Lamoindre infraction renversait tout le système d’attaque et de défense deNapoléon ; elle empêchait l’œuvre de la paix générale, cette conditionexclusive du salut de Napoléon et de son empire ; enfin, cette infractionprésageait infailliblement une rupture. Aussi la Russie avait rassembléquatre cent mille hommes pour appuyer, sur ses frontières, l’ukase du19 décembre 1810. L’imminence d’une nouvelle lutte, dont la longueet mystérieuse préparation avait quelque chose d’implacable, la conti-nuation de celle d’Espagne et de Portugal , où l’Angleterre employaitavec profusion ses trésors, ses armées et ses flottes, devaient nécessai-rement absorber toutes les forces militaires de la France , et appeler,soit aux bords du Tage, soit aux bords du Niémen , les troupes quisoutenaient sur toutes les côtes de l’empire la guerre sédentaire dublocus continental. Il fallait donc pourvoir au remplacement de cestroupes, que les circonstances pressantes où se trouvait Napoléon ren-daient aux mouvements de la guerre active. En conséquence, le 10 mars,l’Empereur soumit à la sanction du sénat un projet de sénatus-consultequi divisait en trois bans la garde nationale : le premier comprenait