HISTOIRE DE NAPOLÉON. — I8D2. 485
les hommes de vingt à vingt-six ans, le second de vingt-six à qua-rante, le troisième les hommes de quarante à soixante. Le sénatus-con-sulte, voté à l’unanimité, mit à la disposition du gouvernement, surles six cent mille citoyens dont se composait le premier ban, cent co-hortes de mille hommes, pour être, en vertu des constitutions del’empire, chargées de la garde des frontières, de celle des etablissementsmaritimes, des arsenaux et des places fortes. Des cent cohortes accor-dées, on n’en organisa que quatre-vingt-huit. Elles lurent levées surles cent huit départements qui formaient nos trente-deux divisionsmilitaires, depuis Rome jusqu’à Hambourg . Ce partage du peuplefrançais en trois bans n’était pas sans grandeur, mais il prouvait aussique Napoléon mesurait bien l’étendue des dangers de la patrie. Ainsitoute l’armée active était ou allait être en marche, et la plus forte partieavait déjà pour point de réunion ce fleuve lointain qui bornait la Po-logne septentrionale, ce fleuve qui vit offrir et accepter avec tant d’em-pressement la paix de Tilsitt, contre laquelle la Russie entière venaitencore de s’armer.
Parmi les nombreuses adresses apportées alors au pied du trône parles députations des collèges électoraux, on remarque celle du départe-ment du Cher :
« Sire, disait-elle, un de vos prédécesseurs, Charles VII , qu’on ap-pelait le roi de Bourges , fut redevable de la conservation de sa couronneau dévouement de ses sujets du Berry. De toutes les provinces soumisesà sa puissance, celle du Berry fut presque la seule qui lui resta fidèleet lui offrit corps et biens. Ce fut à l’aide de ses habitants qu’il parvintà reconquérir son royaume et à chasser les Anglais de la France . »Cette commémoration d’une des plus douloureuses époques de notrehistoire paraissait alors au moins intempestive; elle frappa Napoléon ,qui répondit : « Ni moi ni mes descendants ne serons jamais dans lecas d’éprouver votre patriotisme dans des circonstances pareilles à cellesde Charles VII . Des dissensions civiles faisaient à cette époque le mal-heur de la France . Divisée en plusieurs états, elle fut déchirée par desarmées étrangères. De pareilles circonstances ne sauraient plus revenir.Nous sommes un seul peuple, nous avons une seule loi et un seultrône. Loin de recevoir la loi, nous la donnerons à cette nation qui,habile à profiter de nos divisions, a fait tant de mal aux générationsqui nous ont précédés. >< Quel faible espace de temps sépare cette