190 HISTOIRE DE NAPOLÉON . — 1812.
événements. En effet, les premières manœuvres de Napoléon ont réussiau point que les généraux Baggovouth, Wittgenstein, Doctoroff, Do-rokoff, Platoff, le chef des Cosaques, après s’être heurtés tour à tourcontre nos bataillons sur toutes les avenues de NVilna, sont forcés dese jeter, comme ils peuvent, dans des directions opposées : de mêmequ’eux, Bagration et son armée errent à l’aventure, séparés de Bardaide Tolly, qu’ils essayent en vain de rejoindre. Napoléon continue à di-riger ses forces, soit contre les troupes qui viennent se réunir devantnous sur la Devina, soit contre les colonnes en dehors de ce mouve-ment , particulièrement contre l’armée de Bagration qu’il espère dé-truire , soit contre ce qui reste d’ennemis sur nos derrières. Napoléonest à la poursuite de la grande bataille au cœur de la Russie . Cependantil s’arrête dix-sept jours à Wilna. Ce long repos au début d’une cam-pagne aussi active n’est point dans les habitudes du vainqueur d’Italie ;il étonne également ses soldats et ses adversaires. L’histoire, jusqu’àprésent, n’a point recueilli le secret de ce retard, qui empêchera Napo-léon d’arriver quinze jours plus tôt à Moskou ! Mais elle rend comptede soins multipliés qu’il prend lui-même pour qu’il soit pourvu à tousles besoins du service et de l’administration de l’armée, et à l’établis-sement d’une police militaire , afin de réprimer les désordres, cent foisplus dangereux que les défaites. Il s’occupe aussi à créer un gouverne-ment provisoire pour la Lithuanie , qui nous accueille en libérateurs,malgré le mal que lui cause le passage de tant de milliers d’hommes surson territoire. Cependant, le 26 juin, la diète de Varsovie avait pro-clamé le rétablissement du royaume de Pologne, et donné le signal dela liberté à toute la nation. Immédiatement après ce grand acte de pa-triotisme et d’audace qui fit tressaillir en Europe tous les cœurs géné-reux , les regards de l’assemblée s’étaient portés vers le conquérantdont on attendait la résurrection de la patrie de Sobieski et de Kosciusko.line députation, ayant à sa tète le sénateur Wibicki, apporte uneadresse de la diète à Napoléon, et lui dit « que les Polonais n’avaientété soumis ni par la paix, ni par la guerre, mais par la trahison; qu’ilsétaient donc libres de droit devant Dieu comme devant les hommes ;qu’aujourd’hui, pouvant l’être de fait, ce droit devenait un devoir;...mais que c’était à lui qui dictait au siècle son histoire, en qui la forcede la Providence résidait, à appuyer des efforts qu’il devait approuver :qu’ainsi ils veuaient demander à Napoléon le Grand de prononcer ces