198 HISTOIRE DE NAPOLÉON . - 1842.
cette bataille, Bardai de Tollv la veut, Napoléon la demande, et court
la livrer sur la route de Moskou .
Le 29 août, nous sommes à Wiasma, nous trouvons la populationfugitive et la ville incendiée : nous en arrachons aux flammes une moitié }avec beaucoup d’approvisionnements. Là on apprend que Bardai deTolly, craignant l’arrivée du feld-maréchal Kutusoff, son successeur, sedispose à tenter la fortune des armes entre Wiasma et Glijath ; mais Ku-tusoff, qui a pris le commandement, veut choisir une autre position,et prépare tout pour nous combattre dans celle du village de Borodino,à deux petites marches de la ville de Glijath, où Napoléon s’arrête lestrois premiers jours de septembre. Le 5, l’armée française, à deuxheures, découvre toute l’armée des Russes ën ordre de bataille sur unerangée de collines. La redoute importante de Schwardina, construite enavant sur un mamelon, défendue avec acharnement contre la divisionCompans par Bagration en personne, tombe devant nous, ainsi quetoutes les pièces dont elle était armée : c’est le premier présage denotre triomphe. Pendant la nuit, nos troupes, successivement dévelop-pées, achèvent d’occuper leurs rangs respectifs. Après quelques heuresde repos sous sa tente, l’Empereur est à cheval aux premiers rayons dujour. Au milieu de la matinée, ses reconnaissances et ses dispositionssont interrompues par deux courriers : l’un, M. de Bausset, apporte,avec des lettres de l’Impératrice, le portrait du petit roi de Borne : Na-poléon redevient père un moment. Le second courrier, le colonel Fab-vier, lui apprend la perte de la bataille des Arapiies par le maréchal ducde Raguse, si fatale à nos armes. Ce crime militaire indigne Napoléon ,mais ne le décourage pas ; il y puise, au contraire, de nouvelles forcespour la victoire qui l’attend. Il achève sa dernière reconnaissance sousla mitraille de l’ennemi, en face de Borodino. La journée se terminepar les derniers préparatifs. Le lendemain 7, Napoléon , sorti de satente, se montre à ses officiers et leur dit : « Yoilà un beau soleil, c’estle soleil d’Austerlitz. » Cette comparaison était audacieuse au cœur de laRussie , dont l’armée avait été foudroyée à Austerlitz, sur un lac glacéqui se brisa sous nos boulets et sous ses bataillons. Cependant toutel’année a pris les armes, et chaque compagnie entend la lecture de cetteproclamation dont le caractère grave et l’énergique simplicité contrastentavec la brillante exaltation des proclamations d’Italie .