HISTOIRE DE NAPOLÉON. — 1812. 209
la belle position de Woronowo : en même temps, le vice-roi destinéà déguiser notre direction sur Kalouga , faisait faire avec succès àla division Delzons un mouvement en sens contraire sur Demilzow.Tous les maréchaux ont reçu leur destination : le duc de Trévise etla jeune garde conserveront Moskou et le Kremlin jusqu’au momentmarqué. Il existait entre nous et les Russes une espèce de suspen-sion d’armes, pendant, laquelle le perfide et rusé Kutusoff, ainsiqueses généraux, n’avaient négligé aucun moyen de tromper le roi deNaples par la continuelle manifestation de leurs vœux pour la paix.Le 18 octobre, tandis que Napoléon passait la revue du corps d’arméedu duc d’Elchingen, qui allait sortir de Moskou , on apprend les nou-velles suivantes : L’armée russe, quittant son camp, est venue prendreposition sur la Nara . A minuit, Beningsen, l’un des conspirateurs quiont contribué à la fin tragique de Paul I er , secondé par les générauxBaggowoutb, Ostermann, Doctoroff, Orloff, Denisoff et Muller, a passéle fleuve, assailli nos troupes, surpris et tourné la division Sébastiani,appuyée sur un bois qui n’était pas même gardé. Le roi de Naples, voyantque l’intention de l’ennemi était de forcer entièrement notre gauche,où le général Muller venait de pénétrer, avait sur-le-champ porté dessecours au lieu du péril. Pendant ce temps, Kutusoff s’était avancé avecle reste de ses soldats : alors des prodiges de valeur de Murat, et la viverésistance de Poniatowski sur notre droite aux généraux Ostermann etBaggowouth, avaient fait échouer le mouvement de Beningsen et l’at-taque de Kutusoff. Ce combat d’une avant-garde contre une armée étaitglorieux sans doute ; mais quoique les Russes eussent perdu peut-êtreplus d’hommes que nous, et en outre les généraux Baggovmith etMuller, il nous coûtait trop cher dans un moment où nous avions besoind’économiser nos forces. La surprise de Winkowo causa un excessifmécontentement à l’empereur. Murat s’est laissé tromper par les Busseset par sa propre vanité. Il n’a voulu prendre aucune des précautionsqui lui avaient été prescrites. 11 s’était cru l’idole des hordes de l’Asie .
Napoléon sort de Moskou , le lendemain, avec la vieille garde et lepremier et le troisième corps: c’est le 23 octobre. Le même jour, Malletle détrônait à Paris ! A la tète d’une armée de cent mille combattants,observée de toutes parts, au milieu d’un pays où le dernier paysan estun ennemi passionné et un espion volontaire, Napoléon va dérober unmouvement immense à Kutusoff. Après avoir suivi d’abord la vieille
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