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HISTOIRE DE NAPOLÉON . — 1812.route clc Kalouga, Napoléon passe tout à coup à droite, et gagne rapi-dement la nouvelle route. Abusé par un rideau de troupes cpi’on a lais-sées vis-à-vis de lui en arrière du défdé de Woronowo, l’ennemi n’apoint aperçu la contre-marche du roi de Naples et de Poniatowski ;tranquille dans son camp de Taroutino, que nous avons tourné, il nousattend sur son passage, quand, le 23, nous sommes parvenus à Borowsk,et bientôt à Malo-Jarosiavetz, d’où l’armée n’a plus qu’une marche àfaire pour le devancer à Kalouga . A Borowsk, on apprend que le duc deTrévise a quitté Moskou , le 23, à deux heures du matin, après avoir faitsauter le Kremlin ; le maréchal, à la tête de la jeune garde, emmène aveclui quatre cents blessés que la sollicitude de l’Empereur lui avait vive-ment recommandés. Le général "Wintzingerode et son aide de campNarischin, qui s’étaient laissé emporter par leur ardeur de pénétrer dansla ville, suivent nos colonnes comme prisonniers. Les Cosaques et lespaysans envahirent Moskou aussitôt après notre départ, et se précipi-tèrent sur leur proie. L’humanité française avait sauvé, nourri et soignécomme nos propres soldats plusieurs mille blessés russes que la four-berie de Kutusoff, continuée presque jusqu’au dernier moment de sasortie de Moskou , et la froide cruauté de Rostopchin, livraient au plusaffreux supplice ; voici quelle fut la récompense de cette générosité :sur six cent cinquante malades ou blessés français que leur faiblesse avaitempêchés d’accompagner l’armée, une partie fut jetée par l’ennemi surdes chariots, et traînée vers Twer ; mais ils périrent tous de froid et demisère, ou tombèrent sous le couteau des paysans de leur escorte :l’autre partie resta dans les hôpitaux sans vivres ni médicaments! Depuisplus de vingt ans que nous faisons la guerre, nos ennemis se mettentau-dessus de toutes les lois de l’humanité, de toutes les conventionssociales, de tous les engagements les plus sacrés. Le gouvernement an-glais , l’inventeur des pontons comme prisons de guerre, incessammentacharné à la ruine de la France , semble avoir soufflé son affreux génieen Espagne, en Portugal, en Italie, eu Allemagne , et jusque dans lesdéserts de la Russie !
Le stratagème, ou plutôt l’habile manœuvre de Napoléon , a réussi;encore un moment, et un succès complet couronne ses espérances : cesuccès paraît assuré, si le prince Eugène, ou plutôt le général Delzons ,fait occuper Malo-Jarosiavetz par une division tout entière, ainsi quel’a formellement ordonne l’Empereur, instruit de la marche d’un corps