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Tome second.
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HISTOIRE DE NAPOLÉON. — 1812. 213

« Reculer devant Kutusoff ! » s’était écrié Napoléon au premier mot deretraite prononcé par ses généraux, « reculer devant l’ennemi quandon vient de le battre, au moment peut-être où il n’attend qu’un signepour reculer lui-même! » Cette pensée était prophétique. Napoléon enest fortement préoccupé; il s’y attache pendant la journée du 25, con-sacrée à des reconnaissances ; le 26 au matin, il apprend le départ desRusses . Ce sont eux qui fuient; l’honneur est satisfait. L’Empereurcède alors à l’avis unanime de ses lieutenants, de revenir sur Mojaïsk etWiasma, afin de reprendre la route de Smolensk : funeste influencedes conseils timides! elle perdra la grande armée. Si Napoléon n’eûtécouté que son inspiration, ou il aurait surpris et écrasé les Russes ,ou, s’ils eussent pu éviter notre attaque, ils se seraient retirés derrièrel’Oka, comme ils en avaient l’ordre, en abandonnant aux Français unecontrée riche et un chemin sûr, quelque direction qu’ils prissent pourretourner en Pologne . Cette conséquence résulte de l’aveu de nos ad-versaires eux-mêmes (1); aussi regardent-ils la retraite de Kutusoffcomme une faute grave qui pouvait le perdre. Elle ne le perdit point,parce que Napoléon , laissant fléchir une seconde fois encore sa volontépar d’importunes remontrances, ne trancha pas le nœud gordienavec son épée, ainsi qu’il l’avait fait en Italie, en Égypte , pendant lacampagne d’Austerlitz et à l’île de Lobau. On vit alors un singulierspectacle, les deux armées ennemies se tourner le dos, et l’arène oùelles venaient de se heurter dans une action décisive, rester vide etlibre entre elles! Napoléon a seul jugé et senti les périls de cette guerreinconnue, et les moyens de s’y soustraire ; mais, soit qu’il n’eût plusce caractère qui, dans la campagne d’Italie , lui avait fait dire que laguerre était une affaire de tact, et qu’il ne suivrait plus que ses idées,soit que son génie lui-même ait reculé devant la responsabilité d’undemi-million d’hommes entraînés par lui aux extrémités de l’Europe ,il soumit malheureusement son pouvoir et sa conscience elle-même auxopinions de ses entours.

Tandis que Kutusoff, sans cesse retenu par la circonspection, malgréles instances et les menaces du fougueux commissaire anglais Wilson,et presque toujours trompé sur nos mouvements, malgré les quarantemille Cosaques qui éclairaient sa marche et la nôtre, nous cherche vers

(1) M. de Kouttourliu.