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Tome second.
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HISTOIRE DE NAPOLEON . — 1812. 217

cette désorganisation , un nombre immense de soldats et d’officiers, ettous les vieux compagnons de guerre de l’Empereur, conservaient uncalme , une constance et une force de volonté en même temps qu’unevigueur d’action, qui rendait notre débris d’armée imposant et terribleaux yeux de Kutusoff. L’attitude de Napoléon était celle d’une grandeùme aux prises avec l’adversité : les souffrances de l’armée, son hé-roïsme , le soin de son salut, la prévoyance des projets de l’ennemi, lesrésolutions qu’il tient en réserve pour le vaincre, la France inquiète ,l’Europe qui peut lui échapper , occupent sa vaste pensée sans troublerson génie ; et cependant que de nouveaux sujets d’alarme, de douleuret même d’indignation, si tous les mouvements violents n’étaient pasdes faiblesses au-dessous de son caractère, et surtout de funestes exem-ples , dans un moment ou il est en spectacle à tant de courages qui ontbesoin du sien !

L’arrière-garde du duc d’Elchingen , attaquée près de Dorogobouje ,en queue et en flanc, par Platoff et Miloradowitch, comme à Wiasma,a vaincu deux fois , mais en évacuant successivement sa position deGorki et la ville de Dorogobouje. Le vice-roi, dirigé vers Witepslc parDukhowszina, s’est vu soumis aux plus rudes épreuves sur des che-mins que la neige et le verglas ont gâtés, et où la descente et la montéeprésentaient des dangers pareils : il a néanmoins chassé les Cosaquesde Platoff, qui le harcèlent sans cesse. La perte de douze cents che-vaux retarde sa marche, et cette lenteur inévitable permet à Platoff denous devancer à Dukhowszina : nous allions y éprouver une véritablecalamité. Le vice-roi avait ordonné de jeter un pont sur le Woop ; l’ac-croissement des eaux a empêché de le construire. La rivière, fangeuseet encaissée entre deux rives escarpées, présente un obstacle presqueinsurmontable ; tout en résistant aux Cosaques de Platoff, le vice-roila fait passer à gué par sa garde. Cependant on a formé une rampe surlaquelle commence à défiler l’artillerie et les bagages ; la rampe enfonce,et nos canons s’engloutissent dans de profondes ornières. La nuit arrive ;il faut s’arrêter d’un côté du Woop , tandis que la garde, avec deux ré-giments et une partie de l’artillerie, reste séparée sur le bord opposé.Nous ne pouvons franchir le Woop que le 10 novembre, en abandonnantsoixante pièces de canon enclouées et sans attelage , ainsi qu’une quan-tité de bagages. L’ennemi nous attend au milieu de la route; on le re-pousse , quoiqu’il ait à ses ordres des milliers de Cosaques et du canon;