230 HISTOIRE DE NAPOLÉON . — 1812.
bagages, son artillerie, et tous ceux des traîneurs qui eurent on le pou-voir ou la volonté de le suivre; mais il fallut s’ouvrir un chemin devive force à travers les autres : ce n’est qu’à huit heures du matin quele général Eblé brûla les ponts qu’il avait construits, et mit cette bar-rière entre les Russes et les Français. Dans le passage de la Bérésina,en face de trois armées qui avaient juré de le fermer; dans les deux ba-tailles livrées avec des chances si inégales du coté des Français que leuraffaiblissement prodigieux et leur situation presque désespérée sem-blaient condamner à une ruine entière, tout était un sujet de triomphe ;cependant, sauf un bataillon échappé par hasard, la division Parthou-neaux, égarée dans la route pendant la nuit, avait succombé devantWittgenstein. Ce revers, encore dû à l’inexécution de ses ordres, affectaNapoléon ; il le pardonna néanmoins it Victor, ainsi que tant d’autresfautes si noblement expiées. Quant à lui, ses ennemis ont admiré sesefforts, sa constance : iis ont même été assez justes pour reconnaîtrequ’on ne devait pas lui imputer les pertes qui accompagnèrent uneopération où les plus grands capitaines auraient échoué comme lui de-vant les éléments.
Des quatre-vingt mille hommes qu’il avait sur les bords de la Béré-sina, il en ramène soixante mille qu’il dirige vers Zembin, où le vice-roi l’avait précédé, ensuite versKamen : Tchitchagoff aurait pu nous ydevancer; nous n’avons affaire qu’à des Cosaques, qui se signalenttoujours par leur prompte fuite à l’aspect de quelques soldats français .Malodeozeno et Smorgoni offrent à l’armée des ressources dont sa dé-tresse lui rendait le besoin bien pressant. On approche de la Wilia, oùdéjà le corps bavarois du général de Wrède est venu s'emparer de laposition prescrite. Napoléon voudrait retenir un peu l’armée derrièrela ligne que forme cette rivière : il transmet en conséquence ses ordresau vice-roi, et consacre deux jours à prendre les autres dispositionsnécessaires. Eu même temps, afin de dégager Faiunée de tout ce qui luiest inutile ; les Polonais partent pour Olita, les cavaliers démontés pourMercz, les bagages et les blessés pour Wilua. L’Empereur appelle à luiune partie des immenses provisions rassemblées sur ce point par lessoins du duc de Bassauo. A Malodeozeno, on reçoit quatorze estafettesde Paris ; on envoie pour réponse le terrible bulletin du 3 décembre:il apprendra la ruine de l’expédition, d’abord à la France sur qui l’Em-pereur ose encore compter, et ensuite à l’Europe qu’il croit encore