HISTOIRE DE NAPOLÉON. — 4813. l 239
qu’il en soit, la conspiration Mallet réveille dans le cœur de Napoléon toutes ses méfiances contre la révolution ; il veut lui opposer d’autresbarrières, et renforcer encore le dogme de l’hérédité par de nouveauxengagements. Sur la demande expresse du sénat, toujours empresséde prévenir ou de consacrer la volonté de l’Empereur, le roi de Rome sera couronné, ainsi que l’Impératrice ; un serment solennel unira laFrance à l’héritier du trône : trop faible garantie qui ne saurait dé-fendre contre la coalition de l’Europe un empire que Napoléon lui-même n’aura pu sauver !
Une activité prodigieuse signale le retour de l’Empereur : la France y reconnaît les créations miraculeuses de l’époque consulaire ; il semblemême que, retrempé par les revers, Napoléon déploie encore plus deressources et d’énergie. Les conseils se multiplient chaque jour, et illes préside tous. .Dansle militaire, dans l’administration, dans la poli-tique, des dispositions civiles, des mouvements de troupes, des dé-crets , des sénatus-consultes, des traités même, tels que le concordatde Fontainebleau , remplissent la journée, sans le fatiguer jamais : lanuit, quand tous les membres de son gouvernement cèdent au besoindu repos, lui seul veille encore et délibère avec son génie sur le salutde la France . A peine dérobe-t-il à cette grande pensée quelques mo-ments pour attacher ses regards paternels sur ce fils héritier de tant degloire et dépositaire de tant d’espérances.
Cependant des courriers apportaient de jour en jour à Napoléon desnouvelles du Nord. Du côté de l’Espagne, le vainqueur de Salamanque ,après avoir triomphé dans Madrid , s’était laissé arrêter avec toute sonarmée par le général Dubreton, qui, pendant trente jours, défendit,à la tète de quinze cents hommes, le château de Burgos : le roi Josephavait repris l’offensive, occupé de nouveau la capitale, et forcé Wel-lington à rentrer en Portugal. Burgos, Yalladolid, Madrid , le royaumede Valence, l’Aragon et la Catalogne , étaient entre nos mains; deuxcent soixante-dix mille soldats gardaient encore notre conquête. Ils nedoivent pas quitter la Péninsule : Napoléon tire du moins de leursrangs cent cinquante cadres de bataillons, composés de vieux officierset sous-officiers, pour conduire aux combats les jeunes conscrits de1813, qu’il avait fait appeler au moment de s’enfoncer dans les plainesde Moskou . Cette nouvelle levée, les quatre-vingts cohortes de gardesnationales organisées avant son départ pour la Russie , quarante mille