244 HISTOIRE HE NAPOLÉON. — 1813.vis de lui tous les usages de la civilisation, mais elles avaient déjà en-freint les pactes les plus sacrés , en donnant, comme l’Autriche et laPrusse, l’exemple à peu près inconnu de la trahison et de la défectionsous les armes , au milieu d’une guerre dont leur ambitieuse adulationavait réclamé le partage. En Prusse, il existait deux gouvernementsdifférents : le premier, représenté par le roi, paraissait servir loyale-ment l’alliance armée, contractée avec la France contre la Russie enmars 1812; le second, organe caché du Tugendbund prussien, étaitl’àme de la ligue germanique contre Napoléon . Il avait puissammentaidé , pendant la dernière guerre d’Autriche , les opérations du duc deBrunswick, du major Sehill, et des autres chefs d’insurrection, qui,de concert avec l’Angleterre, cherchèrent alors à détruire, dans le nordde l’Allemagne , la suprématie française : en un mot, la lutte des cabi-nets pour renverser Napoléon était commencée ; et ces cabinets, si im-populaires de leur nature, allaient prendre les couleurs et le langage dupatriotisme le plus pur, dans le dessein d’établir plus fortement quejamais la servitude publique par un grand mouvement national soulevécontre la domination de la France !
Cependant, à son passage de Wilna à Paris le duc de Bassano avaitreçu à Berlin, du chancelier baron de Hardenberg , et du roi lui-même , les protestations les plus vives sur la fidélité de la Prusse à l’al-liance ; elles étaient journellement renouvelées au comte de Saint-Mar-san, ministre de France . Indépendamment de ces assurances, l’annoncedu remplacement du général York, l’ordre de son arrestation et de samise en jugement, insérée dans la Gazette de Berlin , le désaveu de laconduite de cet officier et l’expression de l’indignation du roi, apportésaux Tuileries par le prince de Hatzfeld, le même à qui Napoléon avaitfait grâce de la vie en 1807 , semblaient devoir inspirer la confiance.Pour l’accroître encore, Frédéric avait chargé son envoyé extraordinairede déclarer à l’Empereur qu’il était prêt à lever cinquante ou soixantemille hommes au service de la France , si on lui donnait de l’argent.Ce prince le pouvait d’autant plus facilement, qu’au lieu des quarante-deux mille hommes auxquels l’avait réduit le traité de Tilsitt, il encomptait déjà quatre-vingt-quatre mille sous les armes , et trois se-maines après, il y en eut deux cent mille. Le prince de Hatzfeld futencore chargé de laisser entrevoir au gouvernement français le désird’une alliance de famille par le mariage d’une nièce de l’Empereur avec