248 HISTOIRE DE NAPOLÉON . — 1813.
A la nouvelle de la désertion de la Prusse, Napoléon avait eu raisonde dire : J’aime mieux un ennemi déclaré qu’un ami toujours prêt à m’aban-donner. Ceci pouvait s’appliquer aussi à l’Autriche ; car la conventionde Kalish, du 29 mars, entre M. de Nesselrode etM. de Lebzeltern,légalisa officiellement l’accord existant entre les cours de Vienne et dePétersbourg. Cette convention était relative à l'armistice déjà concluentre le prince de Schwartzemberg et M. d’Anstedt à Varsovie , et sti-pulait une nouvelle suspension d’armes quand la retraite des Autrichiensserait à peu près consommée. La dénonciation de l’armistice actuel se-rait motivée par l’impossibilité dans laquelle se trouvent les alliés de laissersur leurs flancs et à leur dos un foyer de mouvements et d’insurrection, telque l’o ffre l’armée polonaise sous le prince Poniatowski. La présente trans-action restera à jamais secrète entre les deux cours impériales, et ne pourrade part et d’autre être communiquée qu’à S, M. le roi de Prusse uniquement.Tel fut le premier ben diplomatique qui associa les cabinets de Péters-bourg, de Vienne et de Berlin , dans la conjuration ourdie par l’Angle-terre pour la ruine de Napoléon et la destruction de l’empire français.Tout ce qui suivit ce gage secret de la ligue des rois, convention deDresde, congrès de Chàtillon, ne fut que déception de la part de l’Au-triche . Son parti était pris à Wilna, quand elle y envoya M. de Lebzel-tern , et à Paris , quand elle y envoya M. de Bubna et le prince deSchwartzemberg; à Vienne , quand elle y reçut, après le départ de sirHorace Walpole, M. de Stackelberg pour la Russie et M. de Humboldtpour la Prusse. La preuve de cette assertion va ressortir de tous lesfaits suivants.
Cette puissance, qui, pendant que Napoléon était encore engagédans les glaces de la Russie , où l'on espérait le voir enseveli avec sonarmée, avait pris une attitude menaçante, tenait un autre langage de-puis le retour à Paris , et ne cessait de multipber les protestationsd’amitié. On disait à Paris au duc de Rassano, et à Vienne au comteOtto : « L’Autriche désire plus la paix pour elle et pour l’Europe quepour la France . Ce n’est pas l’empereur Napoléon qui en a le plus be-soin; lui seul est intact, malgré ses pertes; lui seul est en mesure dedicter la paix : il dépend de lui de rester un an sur la Vistule . Jamaisles Russes ne franchiront cette barrière. » M. de Lebzeltern parlait toutdifféremment à Wilna. Cependant l’Autriche manifestait l’intention demontrer un esprit de concibation désintéressé, et demandait en consé-