266 HISTOIRE DE NAPOLEON . — 1SI3.forte pour parler militairement aussi haut que la Russie et la Prusse.Ces considérations pressantes justifiaient assez l’impatience que Napo-léon montra toute cette journée, soit à Dresde , soit le lendemain à sonquartier général de Harta, où il attendit vainement la réponse à sonparlementaire. Le silence de l’empereur Alexandre lui prouvait suffi-samment l’influence du comte de Stadion, dont l’envoi était déjà unehostilité personnelle, et il mesura toute l’étendue des périls de sa po-sition.
Les huit jours que Napoléon a passés à Dresde ont été employés à laconfection des travaux relatifs à la défense de cette ville, à la réuniondes corps en marche et à l’incorporation des nouvelles levées. Il reçutà Dresde dix mille hommes de cavalerie, huit mille hommes de la gardeet la cavalerie que le roi avait ramenée de Prague . Notre armée se trouvaportée à cent cinquante mille hommes : celle des alliés, accrue des corpsde Kleist et de Bardai, en compte cent soixante mille. « Si nous étionsd’un mois plus vieux, disait-il à Harta, je ne demanderais jamais uneplus belle occasion de finir les affaires du monde les armes à la main ;car j’aurais de la cavalerie. Si j’en avais, je ne leur proposerais pasd’armistice ; ils sont loin de s’attendre à ce qui va leur tomber sur lecorps. » Napoléon voulait parler de la marche rétrograde prescrite aumaréchal Ney de Luckau sur Bautzen .
Notre armée cependant, dont la poursuite a été retardée quatre jourspar la destruction des ponts de Dresde , continuait son mouvement, etse portait au-devant de l’armée ennemie ralliée tout autour de Bautzen ,où le duc de Tarente n’avait pu pénétrer. Parti, de Harta, le 19 mai dansla matinée, Napoléon s’était arrêté au village de Bischoffwerda, brûlépar les alliés; il lit distribuer des secours aux incendiés. 11 se renditensuite aux avant-postes, d’où il ne revint que fort tard à son quartiergénéral de Kleinfortsgen. Il a reconnu, des hauteurs qui dominent laSprée, les deux positions des ennemis : leur gauche s’appuie sur Baut-zen , petite ville qu’ils ont crénelée ; elle soutenait leur centre ; leurdroite s’est formée entre Pliskoxvitz et Kreckxvitz, sur des mamelonsfortifiés, qui, en 1758, servirent de refuge à Frédéric le Grand battupar le maréchal Daun . Une forte arrière-garde occupe le couvent deMarieustern. Le front des coalisés, protégé par la Sprée , s’étend surune lieue et demie de terrain. A trois mille toises en arrière, au villaged’Hockirch, s’ouvre l’enceinte d’un vaste camp retranché, présentant,