‘282 HISTOIRE DE NAPOLÉON . — 1848.
Pendant l’armistice et les longues délibérations qui en remplissentle cours, l’Empereur ne cesse pas un instant de suivre les relations dudehors, les affaires du dedans, et règle avec une infatigable activitétout ce qui concerne l’armée : à en juger par les détails et l’ensemblede ce qu’il fait sous ce rapport, il semble que ce soit un grand ministrede la guerre consacrant toutes ses facultés à cette seule partie du gou-vernement : convois d’artillerie, troupes en marche, officiers en mis-sion, police des cantonnements, travaux du génie, situation des arse-naux, constructions de nouvelles places, armements, équipement dessoldats, direction des renforts sur les divers corps qui les attendent,arrivée des munitions, transports des approvisionnements, rienn’échappe à ses regards, à sa vigilance, à son action. Par lui, l’ordrerègne au milieu de tant d’éléments de confusion ; par lui, la Saxe estpréservée des fléaux qui accompagnent ordinairement la présence desarmées. En même temps les trésors qu’il a tirés de ses caves du pavillonMarsan acquittent toutes les dépenses et alignent la solde. Ce sont lesalliés vaincus à Austerlitz, à Iéna , à Wagram, qui ont fourni eux-mêmes la précieuse réserve que Napoléon emploie aujourd’hui contreeux. Dresde , protégée par les nombreux ouvrages qui s’élèvent, et asiledu quartier général, où abondent une foule de militaires de tous rangs,offre tout à la fois l’aspect sévère d’un camp et le mouvement d’unebrillante capitale où les préparatifs mêmes de la guerre communiquentune nouvelle activité à toute la population. Au milieu d’elle, calmeet agité, méditant, ordonnant et faisant exécuter, Napoléon veille enmême temps sur l’Allemagne et sur la France, comme sur l’Italie etsur l’Espagne : les nouvelles de ce dernier pays sont d'une naturefâcheuse.
Enhardi par nos revers, et sans doute aussi par le défaut d’une direc-tion forte, qui ne se laissait que trop apercevoir sous un prince inca-pable du rôle politique et militaire qui lui était imposé, Wellington arepris l’offensive, le 28 mai, à la tête de soixante-dix mille hommes, etsa marche a décidé Joseph au parti nécessaire d’évacuer Madrid . L’arméefrançaise était parvenue à mettre l’Èbre entre elle et Wellington ; mais,lorsqu’on apprit que l’ennemi avait passé ce fleuve, l’alarme se répanditau quartier général du roi : un conseil de guerre fut tenu; le maréchalJourdan proposait de descendre l’Èbre et de se retirer sur Saragosse pour y rallier l’armée de Clauzel et communiquer ainsi avec Saint -