Band 
Tome second.
Seite
300
JPEG-Download
 

300 HISTOIRE DE NAPOLÉON . — 1813.

redoubla d’audace et de constance ; et le maréchal avait fait fléchir lecentre de l’ennemi, lorsque Bernadotte vint décider l’action avecsoixante-dix bataillons, quatorze mille chevaux et cent cinquante piècesde canon. Dans cette situation critique, hors d’état de lutter contre desmasses aussi imposantes,Je maréchal dut ordonner la retraite; elles’opéra en bon ordre sur Rohrbuk, où il voulait prendre position, sedéfendre jusqu’à la nuit, et marcher sur Torgau ; mais l’armée françaisemalheureuse était blessée à mort. La trahison achevait ce que la supé-riorité de forces n’avait pu faire; le septième corps perdit tout à coupdeux divisions saxonnes qui passèrent à l’ennemi. Cette désertion laissaun vide immense dans la ligne ; et, malgré les efforts du duc de Padoue ,ce vide fut rempli parles alliés. Sa cavalerie se vit rejetée sur l’infanterie,et le désordre se mil dans nos rangs. En vain, avec cette intrépidité querien n’a jamais abattue, Ney voudrait, à la tète des débris de la divisionMorand, sauver au moins l’honneur de ses troupes : deux divisions decavalerie sont sourdes à sa voix, et s’éloignent du combat. Alors ladéroute est complète : brisée en deux, l’armée se précipite dans deuxdirections différentes. Oudinot s’est jeté sur la route de Schweidnitz avec le septième et le douzième corps, et Ney arrive à Dahme avec lequatrième. Notre perte fut de dix mille hommes et de vingt-cinq piècesde canon ; celle de l’ennemi fut de sept mille ; mais Bernadotte avaitrecruté sur le champ de bataille deux divisions saxonnes, celle de Lecoqet celle de Sahrer, et le maréchal Ney se souvint avec son armée queBernadotte commandait les Saxons à Wagram! Le 8 septembre, l’arméedu maréchal avait repassé l’Elbe . Elle s’était réunie sous les murs deToi’gau . Ney établit son quartier général à Tulemberg, et le prince royalà Juterbogt.

Napoléon ignorait que, dans un conseil militaire où furent réunis àPrague les souverains, Bernadotte , Moreau et les principaux chefs, ilavait été décidé que Bernadotte et Blücher éviteraient toujours la bataillecontre Napoléon , et devraient toujours la livrer à ses lieutenants. S’il avaitconnu cette étrange disposition de la peur qu’il inspirait, il eût sim-plifié l’action de ses armées ; mais n’imaginant pas qu’une telle décisionpût être proposée à des hommes de guerre, et acceptée par eux, l’Em-pereur a promis au maréchal Ney de le rejoindre, et certainement l’oncroira sans peine qu’il attachait un intérêt bien vif à aller punir lui-même Bernadotte de toutes ses déloyautés, comme le canon de la garde