340 HISTOIRE DE NAPOLEON . — 1843.
clartés meurtrières de l’artillerie. L’armée française a sa droite à Mar-kléeberg, tout son centre à Wachau, sa gauche à la redoute suédoise.Les tentes de Napoléon ont été dressées en avant de Probstheyda, prèsde la route de llochlitz ; c’est là qu’on lui amène le général Meenveldt,auquel il fait rendre son épée ; et, après une longue conférence, cegénéral est conduit aux avant-postes alliés. L’ancien négociateur dutraité de Campo-Formio pour l'Autriche , avec le vainqueur de l’Italie dont la brillante étoile remplissait l’horizon, est devenu le négociateurde l’empereur Napoléon dont la fortune touche au déclin. Napoléon envoie le comte de Meenveldt porter des offres conciliatrices à Fran-çois IL « Ce n'est pas trop , lui dit-il, de l’Autriche , de la France etmême de la Prusse , pour arrêter sur la Yistule le débordement d’unpeuple à demi nomade, essentiellement conquérant, et dont l’immenseempire s’étend depuis nous jusqu’à la Chine . » Mais Napoléon s’aveugles’il croit que son beau-père se souviendra d’avoir recouvré deux fois sacouronne ; Alexandre , d’avoir obtenu le sauf-conduit d’Austerlitz et lapaix de Tilsitt ; Frédéric-Guillaume , d’être remonté sur son trône ; lerépublicain Eernadotte, d’avoir peut-être été gracié comme général,pardonné plusieurs fois comme maréchal, enfin, autorisé et aidé puis-samment à prendre place parmi les rois. La quadruple alliance n’admetni le pardon des injures , ni le pardon des bienfaits.
La journée du 17, pendant laquelle on attendit vainement une réponsede M. de Meenveldt, ne fut pas une journée de repos pour nos soldats ;ils la passèrent sous les armes, occupés à se préparer, et battus par unepluie continuelle. L’Empereur, comme cédant aune espèce de pres-sentiment , se hâte d’envoyer les insignes de maréchal de l’empire auprince Poniatowski, et reste dans sa tente à dresser le plan de la batailledu lendemain. Le 18 au soir, le blocus de l’armée française est con-sommé : le corps de Colloredo est entré en ligne, ainsi que celui deIîeningsen ; l’un s’établit à Grœbern, l’autre à Nauuhof ; le princeroyal de Suède remplit le dernier vide en occupant Bretenfeld. Instruitde ces circonstances , Napoléon sent la nécessité de rétrécir encore sonordre de bataille ; et, en se rapprochant de Leipsick, de se lier plusfortement avec sa gauche. A une heure du matin, il quitte son bivac,et fait exécuter un changement de front, la gauche en arrière, le villagede Connewitz servant de pivot. Pendant ce mouvement, il va donner sesinstructions, à Reudnitz, au maréchal Ney ; de là il se porte à Linde-