318 HISTOIRE DE NAPOLÉON . — 1813.
de la destruction du pont de l’Elster ; il devait à sa position de renfer-mer dans son àme le chagrin profond qui la dévorait : il fit formersa garde en bataille et placer ses batteries ; il se trouva ainsi chargé deprotéger jusqu’à la Saale les débris de l’armée, qui, supérieure à lafuneste impression d’un si cruel revers et aux défections successivesdes troupes de la confédération, ne cessa de combattre de Leipsick jus-qu’à Erfurt , c’est-à-dire du 20 au 23 , et contre des forces quadruplesdes siennes. L’ennemi la vit toujours la même , toujours digne de sarenommée, à Markranstadt, à Freybourg, à Naumbourg , et surtout àKoseu. Le 22 , l’Empereur est à Hollendorf, où, débarrassé par la dé-sertion de tous les étrangers qui servaient encore dans ses rangs , il selivrait à la sécurité d’un repos de famille. Mais un général autrichien ,le comte de Mier, s’est glissé la nuit dans son camp, et encore tout cou-vert de la poussière des trois journées de Leipsick, le preux Murat ,ou plutôt le roi de Naples, a reçu cet émissaire à son bivac. Cette cir-constance explique l’ardeur de la poursuite du corps de Giulay, auquelappartient le comte de Mier. Ce général a garanti son royaume à Mu-rat de la part de l’Angleterre et de l’Autriche . Deux jours après, Napo-léon et Murat se sont fait des adieux éternels.
Napoléon ne donne à Erfurt que deux jours de repos à ses généreuxsoldats. Menacé par Blücher du côté d’Eisenach, on dut quitter Erfurt le 25 et se porter à Gotha ; le 26, on s’engage avec assez de sécuritédans la forêt de Thuringe ; le 28, nous sommes à Schluchtern , etnous avons passé Fulde. Là semblait s’arrêter l’acharnement de l’en-nemi ; il n’a mis à notre poursuite que des hordes de Cosaques qui mas-sacraient avec barbarie nos traînards et nos malades. Nous espérionsgagner désormais sans coup férir les remparts de Mayence ; mais unobstacle aussi grand qu’imprévu nous attendait aux bords de la Kintzig,et contraignit la valeur française à marquer par une victoire ses der-niers pas sur la terre germanique.
La nouvelle armée austro-bavaroise, qui avait fait sa jonction àBraunau le 19 octobre, s’était mise en mouvement sous les ordres dugénéral de Wrède, et portée à marches forcées sur les derrières denos troupes, afin de leur fermer même la route de la France . Le 24,au bruit de la victoire de Leipsick , elle se présenta devant Würtzbourg :là, elle se vit arrêtée par douze cents Français ; le général Tharreau,leur commandant, rejeta fièrement en leur nom toutes les sommations